Archive: 27 août 2021

Afghanistan: du théâtre dans un aéroport qui cache un succès stratégique US et un défi pour la Chine !

Soyons directs honnêtes, croyez-vous que la première puissance au monde puisse commettre deux fois la même erreur? Une au Vietnam, et la deuxième en Afghanistan ? Si vous croyez que c’est le cas, il vous faudra changer de planète.

Je pense qu’il est primordial d’ouvrir les yeux, ou plutôt la carte.

Les attentas du 11 Septembre 2001 ont officiellement motivé la seconde invasion d’Irak et de l’Afghanistan. Mais si nous voyons d’un peu plus près, on remarquera que la présence de l’OTAN en Irak et Afghanistan prend en étau l’Iran, l’épine du pied des alliés des états-unis dans la région et ce n’est pas tout.

Seulement un mois après les attentats à NewYork, un contingent de 1500 militaires américains s’est installé dans la la base de Karchi-Khanabad ( K-2 ) en Ouzbékistan. Ce qui ferme la voie du nord de l’Iran. Mais pour accentuer la pression au nord, il y a aussi une présence militaire de l’OTAN en Turkménistan. Si on ajoute les ennemis traditionnels du golf persique, l’Iran n’est pas dans un étau, mais un véritable guet-apens !

L’Afghanistan n’était que la dernière pièce du puzzle. Mais là, les stratèges américains on fait une pierre 3 coups.

A l’ouest de l’Afghanistan, c’est la région des Ouïghours. Une région qui était pauvre et sous développée, aux prises avec l’islamisme radical. Accentuer la pression en installant une arrière base d’appui à coté de la région autonome de XinJiang, permettait également refermer pour de bon, le filet tendu par la constellation de bases militaires américaines installées tout au tour de la Chine. Des rumeurs courent sur d’éventuelles formations d’activistes Ouïghour en Afghanistan afin de perpétrer des actions en Chine, mais il est pour l’instant compliqué de trouver des documents déclassés à ce sujet sur le web.

https://www.monde-diplomatique.fr/cartes/presence-us-chine

Donc, nous avons pour l’instant 2 coups de la pierre américaine: l’étouffement de l’Iran et la mise sous forte pression de la Chine. Où est le 3ième coup?

Il s’agit de la construction du gazoduc TAPI.

En effet, l’Inde qui souhaite ardemment se développer à l’instar de la Chine a un énorme besoin énergétique. Et elle a de la chance, 2 pays fournisseurs majeurs se pressent à sa porte pour lui en vendre. Ce sont l’Iran et le Turkménistan.

C’est là que la politique entre en jeu. Quelque soit le pays choisi, la maîtrise de la variable afghane est vitale pour assurer l’approvisionnement de l’alliée indéfectible des états-unis: l’Inde. Et ce n’est pas tout.

Ce gazoduc agit comme une grosse épine dans les pieds plusieurs pays. Ashgabat était devenu un partenaire important pour la Russie et surtout la Chine pour la fourniture énergétique. La Chine bien sur, profite de cette situation pour avancer ses pièces sur l’échiquier en Asie centrale. Une situation pas très appréciée des US, poussent ceux à agir.

Le TAPI qui devrait ouvrir ses vannes en 2023, agit comme une corde à 10 milliards ( pas si cher cela pour un gazoduc ) qui relie l’Inde et l’Afghanistan au gaz turkmène. L’Afghanistan sera donc le pays transit essentiel à ce projet. Cette épine de 1800Km de long évince l’Iran de la fourniture énergétique pour l’Inde et rend le Turkménistan beaucoup moins dépendant de la Chine. S’attaquer à ce gazoduc, provoquera un retour immédiat et violent de missiles américains, lancés depuis un destroyer qui passera par “hasard” dans le golf persique ou l’océan indien.

Les Talibans le savent bien et a garanti l’intégrité du TAPI, surtout que celui représente une rente financière importante s’ils veulent éradiquer la culture de l’opium qui infeste le pays depuis l’arrivée de l’OTAN en 2001. Ils ont bien sur sollicité la Chine pour reconstruire le pays

Le ministre des Affaires étrangères chinois Wang Yi en compagnie du taliban Abdul Ghani Baradar.
Photo Li Ran / XINHUA / AFP

Mais cette énorme épine qui serpente dans le pays est un levier puissant pour que l’allié indien ait toujours son mot à dire pour ‘protéger ses intérêts vitaux’. Quoique fasse la Chine, elle avance en terrain miné, sous l’épée de Damoclès: regardez bien la carte de la région, un missile supersonique ne mettra pas plus de 30 minutes, en partant du golf persique vers sa cible située en Afghanistan.

La retraite de troupes au sol ne signifie pas l’absence de pression, de levier d’action.

Beaucoup d’analystes estiment que la débâcle des troupes gouvernementales formées et équipées par l’OTAN est un échec. Je pense que cet échec est parfaitement prévu par les stratèges américains. En réalité, ceux-ci s’en fichent pas mal car les US avaient déjà signé un accord avec les talibans à Doha en 2020. Le départ de l’OTAN était acté.

Deux possibilités s’offrent alors aux US:

  1. les troupes de Kaboul tiennent tête aux talibans et le pays sombre dans le KO. La perspective d’une avancée chinoise en Afghanistan sont très minces. Au contraire, cela crée de l’instabilité juste à coté de XinJiang. La pression se maintient sur la Chine sans que l’OTAN dépense un sous.
  2. les troupes de Kaboul se désintègrent et les talibans prennent le pouvoir rapidement. En plus du TAPI, les stratèges américains pourront alors compter sur un “allié” de longue date: Daesh, en tout cas, les rescapés de l’ancien califat. Si l’état islamique arrive à contrer les talibans et créer de l’instabilité dans le pays, cela deviendra assez problématique pour la Chine qui ne pourra intervenir militairement, car cela violerait sa propre règle qu’elle s’impose depuis 1949: la non-ingérence. Mais si Daesh devient suffisamment puissant pour transformer l’Afghanistan en un bourbier Syrien, ce sera un danger mortel pour la Chine et la Russie.

En réalité, le gouvernement de Kaboul a été abandonné à son sort. Seul, il n’aurait jamais pu faire face aux talibans et la menace Daesh simultanément: une poule jetée dans une meute de loups serait une comparaison assez réaliste.

La partie de GO en Asie centrale n’est pas aussi simple qu’on pourrait le croire. La Chine pourra reconstruire le pays en un temps record. Mais le succès est très dépendant des nouveaux maîtres talibans.

Et quand on observe les talibans, ces fondamentalistes radicaux, il y a quelque chose d’étrange qui s’est opéré en très peu de temps.

A Doha, en Février 2020, ils ne voulaient même pas mettre de chaussures pour aller signer l’accord. A Pékin, ils étaient même très présentables pour la séance photo.

Eux qui étaient des campagnards considérés comme des terroristes pratiquant la guérilla, ont réussi à prendre les villes et le pouvoir, et ont appris à s’habiller convenablement et à faire des déclaration de bonnes intentions au monde en tant que meneur de pays.

ça ne vous rappelle rien?

Et oui, si on met la religion de coté, on dirait bien l’armée rouge de Mao. Leur parcours est similaire depuis 20 ans.

S’il y a un pays qui sait parler aux talibans, c’est bien la Chine. Cela dit, ils restent quand même des gens moyennement fréquentables, que les internautes chinois n’hésitent pas à critiquer.

Le dossier afghan est épais et remplis de pièges. Les stratèges chinois sauront-ils les déjouer?

Seul le temps en sera témoin.

Le sceptre de l’empire US: le pétrodollar … contesté?

La première chose que les 11 porte avions de la NAVY défendent à travers le monde, serait bien le pétrodollar. Celui-ci constitue le symbole absolu de l’hégémonie et de la puissance incontestée des états-unis d’Amérique. Washington est mis au courant de chaque goûte de pétrole vendue dans le monde, et pourra imposer sa loi afin de préserver ses intérêts. Exemple, si Total n’obtient pas de dérogation de la part des états-unis, il ne pourra pas rester en Iran pour le développement et la production de la phase 11 de South Pars (SP11), et bien, il va devoir plier bagage. La dite “dérogation” n’est jamais arrivée. Ce n’est peut-être pas le meilleur exemple pour illustrer la puissance du pétrodollar, mais l’hégémonie monétaire américaine.

Laissez moi vous citer un contre exemple de ceux qui oseraient défier le pétrodollar.

https://www.liberation.fr/futurs/2000/09/27/saddam-hussein-vole-au-secours-de-l-euro_338712/

En 2000, l’ancien maître de l’Irak Saddam Hussein a clairement exprimé le souhait de vendre à l’Europe son pétrole en échange de la future monnaie unique de l’union. Quand son ministre de l’économie a fait cette annonce, Saddam n’avait plus que 6 ans à vivre, mais il ne le savait pas encore.

Puis, il y a un autre problème face au pétrodollar, l’OPEP. Un contre poids mineur, mais intolérable qui dérange. La solution pour les états-unis: se débarrasser de la variable l’OPEP tout en mettant la pression sur la Russie, avec le gaz de schiste.

Mais cela ne suffit pas. En 2018, la loi anti-OPEP Nopec (No Oil Producing and Exporting Cartels Act) refait surface.

“Loi sur les cartels ne produisant et n’exportant pas de pétrole”, qui aurait pour effet de lever l’immunité souveraine des Etats membres de l’Opep aux Etats-Unis.

Si le gaz de schiste fait perdre à l’Arabie Saoudite son pouvoir de fixer le prix du pétrole au niveau mondial, cette loi constitue une arme redoutable pour faire pluie et beau temps dans le golf. Et ce sera plus la tempête.

Mais le royaume n’entend pas se laisser faire. Il menace de représailles “nucléaires” si la loi passe au congrès américain.

Quelle est donc cette option nucléaire saoudienne qui ferait réfléchir une hyper puissance comme celle des états-unis?

L’abandon du pétrodollar par le royaume.

Faisons un petit compte.

Les investissements du royaume aux états-unis montent plus d’un millier de milliards de dollars US.

Saudi Aramco, le premier exportateur de pétrole au monde, affiche un chiffre d’affaire de 365 milliards de dollars en 2018.

Les échanges de dérivés du pétrole sont également largement libellés en dollars, le volume des échanges atteignant 5 000 milliards de dollars, toujours en 2018.

L’option nucléaire saoudienne pèse donc plus de 6000 milles milliards de dollars. Il y a largement de la place pour les autres monnaies telles que l’Euro, voire pire, le Yuan chinois.

Aux dernières nouvelles, NOPEC n’est toujours pas passée.

La loi NOPEC est clairement la ligne rouge pour les saoudiens. Toucher à cette ligne, provoquera une tempête plus importante encore que la crise financière de 2008 et la pandémie du covid19 auraient pu provoqué ensemble. Une guerre mondiale s’éclatera où tous les acteurs majeurs seront impliqués.

Mais ce n’est pas tout. L’accord stratégique sino-iranien sur 25 ans prévoit également des montants astronomiques en achat énergétique et investissements. Le gros problème de cet accord pour les états-unis n’est pas le respect des droits de l’homme dans les 2 pays protagonistes, mais la monnaie utilisée. Elle n’est pas le dollar américain. Le montant des 400 milliards de dollars étalés sur 25 ans n’est que symbolique au vue du volume d’échange annuel du pétrodollar, mais assez dérangeant car cela constitue un précédent pour les pays désireux de sortir du pétrodollar afin de diversifier leurs devises ( et l’avenir ? ).

Si la Russie a imité Saddam Hussein en préférant l’Euro au Dollar pour plus de la moitié de ses ventes énergétiques, l’Europe y réfléchit sérieusement ( mais discrètement ) depuis quelques années. On image que l’Élysée l’a eue mauvaise, quand Total a perdu son contrat historique en Iran, au profit du chinois Sinopec.

Solution?

Contourner les futures sanctions américaine en créant le pétroeuro.

Cela devrait se passer début 2022. Et ce sera un moment historique. En effet, l’Europe est le plus grand importateur énergétique du monde et elle règle ses pleins à la pompe en dollar américain. Une situation pas si étrange que cela qu’on connaît un peu l’hégémonie absolue des états-unis dans le domaine économique, financière et militaire.

Vouloir régler ses factures à la pompe avec sa propre monnaie est un luxe que très peu de pays au monde peuvent se permettre.

Nous voyons ici 2 aspects importants de la puissance du pétrodollar.

Un, il est puissant et incontesté, et risque de l’être encore pour très long temps.

Deux, l’étendu de sa puissance a atteint sa limite physique. Des zones qui lui échappent apparaissent en périphérie de sa zone de domination. Ces zones lui sont inaccessibles et grossissent dans le temps.

En conclusion, je pense qu’il serait préférable de nous passer de l’addiction pétrolière afin de trouver une voie de survie avant que la tempête climatique n’éclate? Après tout, c’est quand même nous, les consommateurs finaux qui ont la décision finale.