Archive: 26 février 2021

Le China Bashing (2)

Après avoir regardé ce reportage racoleur « Chine la grande offensive » diffusé par Complément d’enquête sur France 2 hier soir, on reste pantois d’amusement, mais également agacés car il y aura malheureusement des victimes collatérales et notamment la montée d’un racisme anti chinois à craindre à la suite de ce genre de reportage sensationnaliste, absolument vide du moindre intérêt.

Le réalisateur de ce reportage de qualité médiocre, Michael Sztanke, aurait pu le nommer « le péril jaune ». Cela n’aurait pas dénoté de l’ensemble tant ce travail est ni fait ni à faire et ressemblant au plus à un film de propagande des années 30….

Qu’y a-t-il eu de présenté dans ce faux document et vraie enquête à charge ?

Nous apprenons donc que la Chine s’essaie à la diplomatie, qu’elle essaie d’influencer le reste du monde à ses idées par des réseaux d’influence comme son ambassade, des hommes d’affaires, des anciens ministres, des chercheurs et des français lambdas qui aiment ce pays sincèrement. Mon dieu.

On apprend que la Chine fait du lobbying, ce que tous les pays du monde font. On apprend aussi que les réseaux Institut Confucius sont des méchants relais de propagande de l’état chinois. Peu importe pour les réalisateurs de ce reportage, que l’institut ne fasse la promotion que de l’apprentissage de la langue, la gastronomie et la culture chinoise au sens large. Mais ce n’est pas grave. Tous les mensonges sont bons. Plus c’est gros plus ça passe. Combien de français connaissent réellement les Instituts Confucius ? Très peu. Le mensonge est à bon compte. Personne n’ira vérifier.  On apprend donc avec consternation que la gastronomie chinoise et apprendre le chinois sont des instruments de propagande de l’Etat chinois et que vous vous y rendez à vos risques et périls ! On y apprend que la Chine souhaite éviter que l’on parle dans ses propres magasines « la Chine au présent » du Tibet, de Taiwan, de Tiananmen, excusez du peu ! Ces journalistes sans doute souhaiteraient être les rédacteurs en chef et écrire à la place des chinois….

Le journaliste s’offusque que la Chine, partenaire d’une Université belge obscure, refuse que l’on parle des ouighours et que l’on raconte les mensonges éhontés sur cette minorité …Scandaleux !

Bien sûr, la Chine a beaucoup de travail à faire pour mieux communiquer en Europe. Sans doute que le PCC a commis quelques maladresse, notamment l’interdiction de cette Expo à Nantes sur Gengis  khan.….ce qui fut sans doute désastreux, en terme d’image . Sans doute, que l’ambassadeur chinois en France pourrait mieux faire pour expliquer au français moyen ce qui se passe au Xinjiang.

Mais dans ce genre de reportage biaisé, tout est sujet à caution. Même le vocabulaire choisi minutieusement et utilisé pour qualifier le PCC :

La voix off utilise le terme « Les Chinois » au lieu de parler du gouvernement chinois. (PCC).

 De même, employer le mot « régime », pour qualifier le gouvernement. Tout ceci est fait à dessein, rien n’est laissé au hasard, chaque mot est pesé pour susciter la peur ou le rejet.

On passera rapidement sur une obscure enquête à Hollywood ou le journaliste s’offusque que les chinois refusent que certains films dont ils financent la production montre des scènes de nudité, ou parle de Taiwan…c’est absolument risible dans la mesure ou Hollywood fait du soft power depuis des décennies. On passera rapidement sur des images où on nous montre des chinois à des postes clé de l’OMS ou d’autres organisations comme on montrerait des pestiférés, des hommes complotant à des fins obscures comme on montrait les juifs dans les années 30…

Bref, au bout du compte, et après 1H 20 de doc, rempli de musiques pour faire peur, de témoignages périphériques et inutiles, de vide intersidéral du contenu, on se dit que la soif sensationnaliste, la soif de vendre pour Babel est plus fort que tout. Même plus fort que leur intégrité journalistique. Mais depuis la crise des gilets jaunes on s’en doutait un peu… Je ne m’attarderai pas sur ces deux boites de productions de documentaires, Babel et Baozi, deux petites boites qui surfent sur la vague anti chinoise des médias pour arrondir leurs fins de mois. On ne s’attardera pas non plus sur leur objectivité, tout ça, c’est du menu fretin, non ce qui nous intéresse c’est plutôt pourquoi les dirigeants de France 2, chaine publique, payés par nos impôts cherche à nuire à la Chine ? Qu’y a-t-il derrière toute cette campagne de désinformation ?

Difficile à dire. Les dirigeants de programmes de France 2 sont à la recherche de docs sensationnalistes pour faire peur au français moyen et c’est une des multiples facettes de ce que l’on peut désormais appeler les « China haters « » avec Raphael Glucksman, député européen en tête d’affiche et Arnaud Montebourg, ancien ministre. Il s’agit d’un ensemble plus ou moins protéiforme, dont l’objectif ultime est de décrédibiliser la Chine aux yeux du public.

Glucksman on y reviendra dans un autre article est un influenceur proche Etats Unis, inféodé totalement aux mouvements ultralibéraux. Il fut membre de réseaux atlantistes, néo conservateur, (ancien membre du cercle de l’oratoire) et il est la figure de proue en France de l’anti Chine.

En tout cas, et pour conclure, le China Bashing est sur la télévision publique, et promouvoir la méfiance d’un pays entier, de ses citoyens, est au mieux minable, au pire lamentable et indigne d’une chaine du service publique.

Les Valeurs du Confucianisme 3/3 : l’avenir du Confucianisme?

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En 1988 ; lors de la conférence des prix Nobel ; qui réunissait à Paris pendant 4 jours plus de 70 personnes ayant reçu le prix Nobel, avait pour thème la réflexion face au 21e siècle.

Une des conclusions était que

si l’humanité doit survivre au 21e siècle, elle doit remonter 25 siècles pour s’inspirer de la sagesse de Confucius.

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Aujourd’hui, comment se comporter dans une société post-moderne où le consumérisme tout puissant fait des hommes des machines à consommer; où l’internet tout en nous connectant, nous déconnecte également des relations humaines; où l’individualisme font de nous des îlots au sein d’une masse de personnes indifférentes;  où les médias de masse sans scrupules manipulent notre liberté d’opinion?

Étudier la sagesse de Confucius c’est aussi:

  • Apprendre à rester Humain via le REN,
  • Devenir Libre via le ZHI,
  • S’opposer à l’Injustice via le YI
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Les Valeurs du Confucianisme 2/3 : Les cinq Vertus Confucéennes

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Ci-dessus : les 5 vertus, de gauche vers la droite: Ren- (la vertu d’humanité, bienveillance sociale); Yi-義 (justice, probité, équité); Li-礼 (rites, convenance); Zhi- (sagesse, connaissance) ;  Xin- (sincérité, fiabilité).

Confucius peut être considéré comme un pionnier de l’humanisme à une époque où la vie humaine avait peu de valeur (par exemple, l’esclavage était courant dans de nombreux pays). Il souhaite sublimer la nature de l’Homme en remettant au cœur de la vie la morale et l’éthique.

Il place le Ren-仁, qu’on pourrait traduire par la vertu d’humanité, la bienveillance, la réciprocité, ou la compassion au centre de sa réflexion philosophique. Nous n’avons pas de terme équivalente dans la langue française avec la même porté et la même élasticité sémantique.

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Avec le Ren on trouve le Li-礼; qu’on pourrait traduire par Rites, savoir-vivre, ou encore convenance ; c’est une expression concrète et codifiée du Ren. Le Ren s’exprime à travers le Li, et le Li est le support du Ren. Le Li confucéen n’est pas juste un ensemble de rites placés les uns à côté des autres ; il émane d’une idée directrice visant à l’harmonie social et relationnel par l’apprentissage.

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Au Ren et au Li on ajoute :

Le Zhi-智 qui peut se traduire par Sagesse ou discernement. Cette vertu permet de développer la qualité d’analyse et de compréhension de l’ordre naturel des évènements. Celui qui est sage prend les bonnes décisions en accord avec les standards moraux Confucéens.

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Mais aussi le Yi-義 qui se rapproche de la Justice ou encore de la probité. Cette valeur s’exprime dans un comportement approprié selon le contexte. Le Yi est le fait d’agir avec noblesse et conformément selon nos valeurs morales et avec abnégation. Ce principe est en partie lié au Li, ce dernier permettant d’apprendre le Yi et de l’intégrer à notre personnalité.

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Enfin, le Xin-信, souvent associé à la Sincérité, peut être perçu comme l’unification de la parole avec les actes. Autrement dit, faire ce que l’on a promis et être fiable dans ses relations avec les autres. Celui qui pratique le Xin est digne de confiance.

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Suite : Quel avenir pour le Confucianisme ?

Les Valeurs du Confucianisme 1/3

« Quand vous rencontrez un homme sage, pensez à l’égaler en vertu. Quand vous voyez un homme dépourvu de sagesse, examinez vos propres manquements. »

– Entretiens de Confucius, 4:17

Le système moral Confucéen

Le confucianisme est une sagesse et philosophie de l’antiquité chinoise qui tire son nom du fondateur : Confucius ; dérivé latinisé du chinois Kong Fuzi, qui signifie Maître Kong.

L’enseignement délivré par le Maître est très étendu mais que l’on peut regrouper en trois grands domaines qui sont :

  1. le perfectionnement du soi (aspect spirituel et éthique)
  2. les rapports entre les humains pour atteindre l’harmonie (aspect social)
  3. la bonne gouvernance (aspect politique)
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Ces trois domaines représentent des niveaux qui doivent atteindre un idéal : l’harmonie et la paix. Cette harmonisation se fait avec soi-même (premier domaine), entre les individus d’une société (deuxième domaine) et entre le gouvernement et le peuple (troisième domaine).

Le perfectionnement de soi (1.) permet de forger des hommes de qualités, qui vont influencer les gens autour d’eux, et permettent de développer une harmonie sociale. Cela débute par la concordance à l’intérieur de la famille entre père et fils, mari et femme, frère et sœurs.

Au niveau social (2.) les valeurs Confucéennes permettent d’interagir avec respect mutuel et de faciliter la communication ainsi que la coopération entre individus.

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Au niveau du gouvernement (3.) enfin, le prince vertueux, qui, conseillé par des sages agit pour le bien-être général du peuple.

Pour réussir à atteindre l’idéal Confucéen d’harmonie et de paix, chaque individu doit être conscient de ses responsabilités envers les autres. Pour cela, chacun doit cultiver les vertus Confucéennes.

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Une première définition des vertus Confucéennes a été proposée par Mencius, un des grands héritiers de Confucius. Puis, elles ont été définies au nombre de Cinq dans leurs formes définitives par Dong Zhongshu, un sage Confucéen de la période des Han (-174 av. JC – -109 av. JC).

suite : les cinq Vertus Confucéennes

Le Contexte Historique du Confucianisme

L’histoire de la Chine fut longue de 5000 ans, autour de 2700-2600 avant JC, deux Chefs de tribu s’opposent pour le leadership de la Terre du Milieu de la Chine, l’un est Xuan-Yuan, appelé plus tard Huangdi 黄帝, soit l’empereur Jaune, et l’autre est Yandi 炎帝, L’empereur des Flammes.

Huangdi 黄帝, l’empereur Jaune, et Yandi 炎帝, L’empereur des Flammes

Sous la menace des Neuf tribus LI 九黎 emmenées par un chef charismatique Chiyou 蚩尤 ; les deux clans rivaux unirent leurs forces. Ils battirent Chiyou à la grande bataille de Zhulu涿鹿.  Des suites de cette bataille et de l’union des deux clans naîtra le peuple YanHuang 炎黄 qui deviendra plus tard le peuple chinois.

Après le règne des empereurs mythiques tels que Yao尧, Shun舜, Yu禹. La 1ere Dynastie, celle des Xia fut fondée au 21e siècle avant JC, elle durera 500 ans.

La 2e dynastie est celle des Shan-Yin, cette dernière a la Faveur du Ciel 天命 pendant près de 600 ans, avant d’être remplacée par les Zhou au 11e siècle avant JC.

Dynastie Zhou de l’Ouest -1046 à -771 

Jifa ; le premier roi des Zhou mourut 3 ans après la conquête,  laissant un fils en bas âge. Le pays est en proie aux troubles, c’est alors que ZhouGong 周公, le patriarche des Zhou ; frère cadet du roi décédé, Régent du royaume, intervient pour pacifier le pays, éduquer le peuple, et mettre en place un système de Rites et de musique 礼乐.

周公 ZHOUGONG

En 3 ans, la paix fut rétablie, après 7 ans de régence ; ZhouGong retourna dans son fief , la principauté de Lu, et rendit le pouvoir à son neveu.

Le nouveau Roi Chenwang 周成王 régna environ 40 ans, il continue la politique de son père et de son oncle, par l’investiture de seigneur féodaux aux quatre coins du royaume, ainsi 71 principautés furent créées, parmi lesquelles LU, QI, SONG, WEI, CHU, CAI, JIN et bien d’autres.

Des siècles passèrent, en -771 sous la règne d’un roi stupide, la capitale fut prise et incendiée par des barbares. Le prince héritier dût déplacer la capitale à l’Est, c’est le début de la période dite des Zhou de l’Est.

Dynastie Zhou de l’Est ou Zhou Oriental  (-771 à -256) 

Le nouveau roi régna pendant 50 ans, mais ni lui ni sa descendance n’arrivèrent à redresser la Maison Royale. Le domaine royal, le pouvoir militaire, ainsi que le pouvoir politique du Roi vont en diminuant.

A la fin, les différentes principautés vont se comporter comme des états indépendants, le Roi de Zhou ne conservant plus qu’un titre symbolique.

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Guerres féodales aux “Printemps et Automnes”

En absence d’un pouvoir central fort, les princes féodaux vont se donner à cœur joie pour se guerroyer les uns contre les autres, pour accaparer des territoires, pour augmenter leur influence, pour des querelles futiles.

Cette période dite des Printemps et Automnes 春秋 est dû au nom du Annales historiques des Printemps et Automnes couvrant la période -771 à – 481; compilées par Confucius et ses élèves quelques années avant sa mort.

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La Chine au 5e siècle avant JC

En tant qu’intellectuel de son temps, face au morcellement du royaume et aux conflits incessants entre les divers princes, en prenant l’exemple sur ZhouGong, le patriarche qui a sauvé la monarchie des premiers Zhou, en s’inspirant de la sagesse des rois mythiques, en tenant compte des besoins de la population, à travers les réflexions menées durant ses années d’exil; Confucius va inventer une nouvelle philosophie politique, un nouveau rapport social, une nouvelle vision du l’humain. C’est le début de l’humanisme chinois, le Confucianisme.

Le Taoïsme, la Chine, et le monde qui l’entoure

Le Taoïsme est sans doute la vraie religion ou tout du moins la vraie philosophie vraiment chinoise avec le confucianisme.

En effet, Le bouddhisme bien que très présent en Chine, est une pensée importée d’Inde.

Très peu d’occidentaux connaissent le Taoïsme, et il est vrai que cette philosophie ne se laisse pas approcher facilement. Je pense qu’il est nécessaire à ce stade de différencier le Taoïsme comme système de pensée, et le Taoïsme pratiqué en tant que religion par des moines.  Nous n’allons pas faire l’histoire du Taoïsme ici, ni l’expliquer en détail, c’est une pensée complexe et dense et nous publieront sur ce site des articles qui traiteront plus spécifiquement du Tao.

Mais est-ce que le Taoïsme influence les chinois dans leur vie de tous les jours, mais aussi leurs décisions au jour le jour ? Et est-ce que le Tao influence au plus haut niveau de l’état les décisions des responsables du pays ?

Le Taoïsme est souvent méconnu en occident, du fait de son éloignement en premier lieu, et du fait de sa complexité. Le Dao De Jing, « la voie et la vertu » ouvrage pilier de cette philosophie, écrit par Lao Tseu (Laozi)quatre siècles avant notre ère, est un ouvrage dense, particulièrement étranger à nos formes de pensées. De plus il est difficilement traduisible car ses 5500 caractères peuvent paraitre hermétiques à notre culture. Le Taoïsme n’est pas non plus une philosophie au sens où nous l’entendons. C’est une vision holistique du monde.

Un concept central du Taoïsme est l’harmonie. L’harmonie de l’Homme avec la nature, avec « la voie ». L’harmonie du cœur et de l’esprit avec l’état naturel des choses. Pour les chinois, ce concept est central, plus ou moins de façon consciente ; L’harmonie dans les relations sociales est importante. Chaque parole ou acte a des conséquences, et il faut veiller à ne pas rompre l’harmonie avec des paroles blessantes ou inutiles.

En politique, alors qu’en occident notre histoire chrétienne nous impose souvent un concept binaire, dualiste, le bien et le mal, le bon et le mauvais, le juste et le faux. L’occident apporte sa morale, alors qu’en Chine ce qui importe est l’idée que tout le monde en sorte gagnant, que la décision qui sera prise apportera l’harmonie ou en tout cas une certaine paix et que chaque partie en trouve avantage. C’est pour cela que pour la Chine, les négociations qu’elles soient politiques ou commerciales sont souvent une affaire gagnant-gagnant ou personne ne doit perdre la face.

Un autre concept important est le « Wu Wei », que l’on peut traduire par « non agir ». Cette idée est souvent mal comprise en occident. Le non agir n’est pas le tout permis, ou tout est autorisé, ou pire, être passif, et ne pas réagir. Le Wu Wei est simplement le « laisser faire », et ne pas aller contre les évènements qui nous arrivent, et se laisser porter par le flux, le courant profond des choses.

« L’homme d’une vertu supérieure est comme l’eau. L’eau excelle à faire du bien aux êtres et ne lutte point »

Nul ne doit agir sur sa propre existence, (chacun doit donc se fier au flux de la nature, le Qi) ni sur l’existence des autres. C’est pourquoi la Chine répugne à s’immiscer dans les affaires intérieures d’autres pays.

« Avec la droiture on gouverne le royaume, avec la ruse on fait la guerre, avec le non agir on devient le maitre de l’empire (…).

Plus le roi multiplie les prohibitions et les défenses, et plus le peuple s’appauvrit,

Plus le peuple a d’instruments de lucre, plus le royaume se trouble,

Plus les lois se manifestent, plus les voleurs s’accroissent. C’est pourquoi le Saint dit : Je pratique le non agir, et le peuple se convertit de lui-même.

J’aime la quiétude, et le peuple se rectifie de lui-même.

Je m’abstiens de toute occupation et le peuple s’enrichit de lui-même.

 Je me dégage de tous désir, et le peuple revient de lui-même à la simplicité »


Quand on compare les politiques en Europe et en Chine, on est frappé par cet état de fait. En occident, en Europe, et aux Etats unis, les élections sont permanentes, des changements de politiques sont fréquents. Les changements de bords se succèdent, et il n’y a presque pas de vision à long terme. Et quasiment aucune à très long terme. Aux Etats Unis, les changements de présidents tous les quatre ans installent une instabilité permanente. Au bout de deux ans les présidents ne se préoccupent que de leur réélection, et les décisions qui portent sur le long terme n’existent pas, exception faite depuis peu, des accords sur le climat, comme l’accord climatique de Paris.  Le PCC, malgré ses défauts, (qui d’ailleurs peuvent être contraires à la philosophie taoïste : comme le centralisme à l’excès, la verticalité du pouvoir : vision confucéenne, la détention de tous les pouvoirs exécutif, judiciaire et législatif) a un avantage de luxe : le temps. La vision politique à long terme. En analysant ce long terme, les courants profonds de nos sociétés, les mouvements tectoniques qui régiront la planète dans le siècle qui vient, la Chine possède un temps d’avance car elle prend des décisions qui prendront effet sur 10 ou 15 ou 20 ans. 

Certes la société chinoise est influencée plus surement à l’heure actuelle par le confucianisme, dans la vie politique et en entreprise. Par le bouddhisme dans la sphère traditionnelle familiale, mais le Tao agit également de manière plus sous-jacente pour ceux qui l’ont maitrisé, assimilé. Le Tao influe la Chine dans toutes ses couches, toute ses strates. C’est pour nous, une prodigieuse source d’apprentissage de la vie, et une philosophie du détachement. Le Zen, ou Chan, s’en est inspiré énormément dans sa vision quiétiste.

Nos dirigeants, gagneraient à mieux connaitre le Tao, ne serait-ce que pour mieux appréhender ce monde futur qui nous attend.

La ligne de Maginot japonaise: 1934 – 1945

Je voudrais, et ce en respect des héros tombés aux champs d’honneur, mentionner un fait historique méconnu du grand publique en Europe: la construction de la ligne de défense dans la région de Mandchourie.

Photo à l’intérieur d’une structure fortifiée

Dès la création de l’Empire fantoche de Mandchourie avec comme otage, le dernier Empereur de Chine: PuYi, le Japon redoutait et à juste titre, une invasion massive des soviétiques par le grand nord. Ils ont opté pour la construction d’une ligne de défense terrestre , à l’image de la ligne de Maginot, dès 1934. La construction fut achevée en 1945, peu avant le reddition sans condition du Japon. L’envergure de cette ligne de Maginot de l’Est est tout à fait inédite. En effet, cette ligne longue de 3800Km, large de 110Km, dépasse et de très loin, la ligne de Maginot tant en envergure, complexité, que sur le plan technique. Mais ironiquement, pas sur le coût de construction. En effet, les matériaux et surtout la main d’œuvre étaient chinois. Cela n’a pas coûté grand chose au Japon. Au total, 3.2 millions de prisonniers et civils chinois ont participé à sa construction. Mais, la bagne de la mort serait plus le terme plus approprié. En effet, les prisonniers chinois étaient mal traité et mal nourris. Les cadavres jonchaient sur tout le long des 3800Km de chantier.

Ouvrier chinois qui participent à la construction

Au total, on estime le nombre de décès durant la décennie de la construction à plus d’un million. Il était primordial que cette immense construction de la mort soit tenue dans le secret le plus absolu. Ce sont des villages entiers qui, du jour au lendemain, sont vidés de la totalité de leurs villageois pour empêcher toute fuite d’information.

Après que la construction soit achevée, beaucoup de prisonniers furent tués notamment sur les sites sensibles.

Les derniers irrésistibles de l’armée japonaise qui sont restés dans la ligne de défense se sont rendus à l’armée rouge que le 30 août 1945, alors que la reddition avait été déjà prononcée par l’Empereur du Japon des jours auparavant.

mémorial à l’endroit où la seconde guerre mondiale prend fin en Chine

Les secrets de cette ligne de défense, construite sur les cadavres des prisonniers chinois, était tellement bien gardés que des portions entières sont encore introuvables aujourd’hui en 2021, puisque tous ceux qui ont participé à leur constructions furent assassinés.

Finalement, la véritable date de la fin de la seconde guerre mondiale est bien le 30 Août 1945, et elle a eu lieu en Chine.

Le Zen, le Chan

Le Bouddhisme Zen, Chan en chinois, est pour moi la parfaite synthèse de ce que le Bouddha a enseigné il y a bien longtemps. Dans le Chan il n’ y a pas de fioritures. Pas de moulin à prières, pas de superstition. Rien que l’Homme, en posture du lotus, son Zafu et lui même. Ecouter son corps, ses sensations. Affronter la douleur, son inconfort mais l’accepter. Etre parfaitement dans le moment présent. Le Zen c’est là. Ici. Maintenant. Le Zen c’est aussi la présence attentive. L’attention au moment. Apprécier l’eau délicieuse qui vous lave, sentir l’eau qui glisse sur votre peau, c’est apprendre à apprécier la nourriture que l’on mange, déguster chaque bouchée. Etre en osmose avec le cosmos. Car nous sommes, aussi le cosmos. Sentir le vent, sentir la pluie, aimer tout cela. Le Zen c’est aussi penser à la mort. Méditer sur elle. Car elle peut survenir à chaque moment , à chaque seconde. Méditer sur l’impermanence des choses et notre propre vanité à vouloir exister encore et toujours.

Que vient faire l’armée française en mer de Chine ?

Histoire d’un double standard

C’est avec une certaine consternation, ou un certain étonnement au choix, que nous apprenons que notre armée, notre marine, en l’occurrence, un sous-marin nucléaire d’attaque l’émeraude, et d’un bâtiment de soutien nommé Seine, ont croisé en Mer de Chine du sud à plus de 10000 kilomètres de nos côtes.

Selon notre ministre de la défense Florence Parly, la France entendait « montrer le drapeau français à l’appui des intérêts de Paris dans la région indo-pacifique » où la France « se considère comme un acteur autonome » afin de présenter une alternative pour les pays qui ne souhaitent pas s’aligner trop étroitement sur la Chine ou les États-Unis.

« Cette patrouille hors normes vient d’achever un passage en mer de Chine méridionale. Une preuve éclatante de la capacité de notre marine nationale à se déployer loin et longtemps en lien avec nos partenaires stratégiques australiens, américains ou japonais », a tweeté notre ministre.

L’idée même, que la France puisse déployer des forces armées avec les américains, japonais, et Australien est à franchement parler inquiétant. Inquiétant que la France, se donne le droit de s’arroger le droit de se considérer comme un acteur dans cette région du monde à haut risque.

La raison donnée est risible : pour enrichir notre connaissance de cette zone et affirmer que le droit international est la seule règle qui vaille, quelle que soit la mer où nous naviguons », a développé la ministre sur Twitter.

Imaginons un instant la réciproque : un sous-marin et un navire militaire chinois patrouillant dans le golfe de Gascogne, près de nos côtes, et la Chine se justifiant par la réplique : « enrichir sa connaissance de cette zone ». Immédiatement, la presse française, tous les médias, seraient sur les dents et on imagine sans peine le scandale qui s’ensuivrait. Que n’entendrait nous pas ? La Chine une menace mondiale pour la paix…La Chine à nos portes ! …bref un double standard.

En fait, c’est tout simple. La France joue les petits soldats en voulant se faire bien voir par l’administration américaine de Joe Biden à peu de frais. En effet, la France n’a aucun intérêt stratégique dans cette région du monde, la mer de Chine, et on peut dire que ce néo-colonialisme sous-jacent, et au mieux, pitoyable au pire une grave faute politique. La mer de Chine est au centre de l’attention des tensions sino américaines et la France n’a strictement rien à y faire.

Les américains, eux ne sont pas dans la même philosophie. L’objectif premier est de rassurer Taiwan, et à moindre mesure Hong Kong, et la Malaisie et les conflit maritime dans la région comme sur les îles Paracels et les iles Spratleys ne sont que broutilles pour l’administration américaine, tout comme pour la Chine d’ailleurs. Il est également essentiel de comprendre que le Japon et la Chine règlent un conflit maritime territorial, mais qu’en sous-main les objectifs pour les deux pays rivaux sont différends. Pour la chine il s’agit de sécuriser sa zone maritime, ses routes commerciales, ses intérêts stratégiques légitimes, en éloignant le Japon de ces zones, mais surtout les Etats Unis. Pour le Japon il s’agit de conserver la face mais surtout d’avertir la Chine de sa force concernant d’autres iles située bien plus au nord, les iles Diaoyu/Senkaku au nord de Taiwan. En effet, préserver ses iles lui permettent de conserver une zone maritime très éloignés de ses côtes et le Japon a déjà montré ses vaisseaux militaires près de ces îles. Pour les américains il s’agit bien sûr en premier lieu de montrer sa supériorité navale et dans un second temps de montrer à Taiwan, ainsi qu’à la Malaisie, qu’ils peuvent compter sur eux en cas d’agression et surtout de contenir la marine chinoise près de ses côtes.

On le voit, cette zone cristallise bien des tensions, et la Chine se doit d’être intraitable avec les américains concernant ces zones. Entre l’empire du milieu et les Etats unis, ne nous y trompons pas il s’agit d’une guerre froide, et les américains, qui possèdent déjà des bases militaires au Japon, en Corée du Sud, qui arment Taiwan, veulent entourer la Chine de toutes parts et l’encercler, pour finalement la contenir. Ce que la Chine de Xi Jinping refuse et combat de toute ses forces désormais.

Alexis Junjie

Petites réflexions sur le racisme banalisé lié au “Made in China”

A product made in China.

Depuis plusieurs jours, on entend sur les ondes et on peut lire dans la presse que le vaccin chinois pourrait être une option pour le gouvernement Français pour combattre le virus. On apprend que Viktor Orban l’autorise en Hongrie, et que la Serbie pourrait faire de même.

Aussitôt, cette info, reprise en boucle d’abord par les journalistes, puis pas par les réseaux sociaux se repend comme une trainée de poudre.

On entend cette fameuse phrase : « Je ne fais pas confiance au vaccin chinois ». Sous-entendu : Je ne fais pas confiance aux chinois. « Pourquoi ? » leur répond on …. Deux réponses arrivent irrémédiablement :

« Parce que on n’a pas d’infos sur ce vaccin ». Même si des millions de gens sont vaccinés en Chine, en Indonésie, en Amérique du sud et en Afrique par le vaccin développé par Sinopharm. On parle ici de plusieurs dizaines de pays, des dizaines de millions de personnes. Mais la condescendance est plus forte. Il s’agit d’Africains, de chinois…ils ne savent pas ce qu’ils s’injectent vous comprenez…

Très bien. Et c’est là, qu’on sort du factuel, pour arriver au lieu commun.

Le vaccin chinois serait à proscrire parce que c’est du « made in china ». Le fameux Made in China, synonyme de produits de basse qualité, à durée de vie ultra courte, ne respectant aucune règlementation…alors même que c’est avec la réglementation européenne que sera validé ou non ce vaccin en Europe.

Mais mon propos n’est pas celui-ci. Mon propos est bien évidemment de parler de cette idée profondément installée dans l’esprit inconscient de nos concitoyens. Cette opinion quasi générale en Europe que la Chine produit des biens de mauvaise qualité. « Elle inonde nos marchés ». « Elle prive nos pays occidentaux d’usines ». « Elle nous prive d’emplois », bref, il faut cesser d’acheter chinois. Voilà, à peu près, les raccourcis stupéfiants que la majorité des français approuvent par ignorance ou par racisme assumé. Peu leur importe finalement qu’acheter « chinois » ne veut rien dire.

Même si d’évidence, acheter chinois ne signifie pas acheter à des entreprises chinoises. Quand le quidam français achète ses belles chaussures, ou des jouets à ses enfants, produits fabriqués en Chine, ce quidam enrichi d’abord ces marques occidentales qui ont délocalisé pour leur unique profitabilité. Profitabilité qui n’a servi qu’à enrichir les actionnaires et les patrons de ces groupes.

Qui est perdant ? l’ouvrier français, qui perd son travail ? L’ouvrier chinois , payé une misère par ses patrons étrangers ? Les deux. Mais la Chine n’avait pas le choix. Il fallait produire, fabriquer pour faire travailler sa formidable masse de travailleurs peu qualifiés. Et apprendre. Apprendre les techniques. Pour plus tard, augmenter les salaires, et produire du plus haut de gamme. Et créer ses propres entreprises. Et parier sur sa propre consommation intérieure. La Chine a parié sur l’avenir. 

Mais revenons en arrière. Petit rappel des faits : La Chine dans les années 80 et 90 se développe très rapidement. Deng Xiaoping, alors président, a un objectif, faire rentrer la Chine dans la compétition internationale. La capacité de production de biens manufacturés augmente de façon exponentielle. Les capitalistes européens et américains ne s’y trompent pas. Produire à bas cout, parfois pour la moitié du prix de revient de fabrication dans leur pays, est une aubaine incroyable pour la rentabilité de ces entreprises frappés par la crise économique. La Chine leur promet un rêve :  Produire pour moitié moins cher, et revendre au même prix qu’auparavant. Les marges explosent. Les revenus de centaines de patrons, d’actionnaires, explosent. On peut ainsi dire que le grand capitalisme, le libéralisme, que l’on peut appeler l’ultra libéralisme est devenu ce qu’il est aujourd’hui grâce aux ouvriers chinois qui travaillaient pour 400 yuans par mois 10 heures par jours, 6 jours par semaine.

Qui est coupable ? L’ouvrier chinois qui travaille pour une misère, ou les entreprises occidentales qui ont choisi de faire produire dans ces usines d’esclaves ? Mais c’est sans doute trop penser pour ces contempteurs de l’empire du milieu.

Depuis une dizaine d’années les salaires augmentent en Chine, et beaucoup d’ouvriers heureusement sont sortis de la misère. La Chine, grâce à son dynamisme économique, va devenir sous peu, ce que les économistes appellent « Un pays développé ». Le Made in China va progressivement disparaitre en ce qui concerne les produits low costs (textile, petit électroménager, jouets, ). De plus dans le même temps les entreprises chinoises ont augmenté l’automatisation, et les robots prennent de plus en plus la place d’ouvriers.

Car désormais la Chine crée ses marques : Tencent, Alibaba, Huawei,Baidu toutes connues et s’exportant dans le monde entier désormais. Mais là non plus cela ne convient pas aux capitalistes occidentaux… Ceux-ci s’offusquent alors que ces entreprises soient contrôlées par le PCC. Ce qui est plus ou moins exact, mais de manière certaines, elles ont des comptes à rendre à l’état chinois. Est-ce cependant un problème ? Aux yeux des capitalistes et des fonds de pensions américains sans doute, mais aux yeux des dirigeants chinois ce n’est pas un souci. Bien au contraire. Pour eux, une entreprise d’état à des comptes à rendre, a des obligations en matière d’emploi, de sécurité nationale. Leur gouvernance doit d’abord être validées par l’Etat chinois. Et alors ? N’est-ce pas ce qu’on demande à une entreprise étatique ?  Les responsables politiques français, de droite comme de gauche semblent s’en rendre compte.

La Chine doit prendre conscience que, le matraquage intellectuel sur le made in china a été tel pendant des années que son image dans les pays occidentaux est amoindrie et fragile. Je ne parle même pas de son image en matière purement politique qui est désastreuse. En en prenant conscience, elle accélèrera la création de ses propres géants sans se préoccuper de ce qu’en pense les européens et américains. Mais ne nous y trompons pas. C’est l’ultralibéralisme économique qui est la principale cause de ces dérèglements. Seule, une fabrication locale, des salaires dignes, une consommation responsable fera changer les choses au niveau mondiale. La Chine ne le pourra pas toute seule.

Alexis Junjie