Boycott du coton de XinJiang: Le Test

Mar 28, 2021 News

Le textile est l’une des grandes industries de la Chine. En 2018, la Chine a exporté pour 119 Milliards de Dollars de produits textiles.

https://fr.statista.com/statistiques/559768/principaux-pays-exportateurs-textiles-valeur-exportations-monde/

La Chine compte des villes entières dont l’économie est basée sur la confection de la chaussette ou autre produits textiles bien identifiés. Et l’une des matières premières de cette industrie est bien le coton. Ça tombe bien, la province autonome de XinJiang, région des ouïghours, produit l’un des meilleurs cotons au monde et en quantité impressionnante.

Sur fond de dispute entre la Chine et l’Occident sur les droits de l’homme à XinJiang, de grandes marques occidentales appellent au boycott du coton produit de cette région. Parmi lesquelles, on trouve Nike, H&M, GAP, TOMMY HILFIGER … Toutes, sont présentes sur le marché chinois. Ça, c’est très intéressant. Mais pourquoi font-ils cela s’ils sont encore présents en Chine? Qui est derrière tout cela? Les USA?

La réponse n’est pas aussi évidente. Avant de remonter jusqu’à un état souverain, il vous faudra vous familiariser avec les ONG et les agences à 3 lettres ( non, je ne parle pas de la CIA, ni de la NED ou autre NSA). Il s’agit, ici, de la BCI ( Better Cotton Initiative: https://bettercotton.org/about-bci/ )

Qu’est ce que c’est?

C’est une ONG Suisse luttant pour un coton produit dans de bonnes conditions sociales, humaines et environnementales. C’est beau sur le papier, mais cela ne l’est pas tellement quand on retourne le papier:

https://blog.la-pigiste.com/2019/03/25/la-vaste-arnaque-du-coton-de-la-filiere-better-cotton-initiative-bci/

En effet, d’après ce blog qui s’est inspiré d’une enquête de cash investigation, quand on aura parcouru l’intégralité indigeste de la charte de la BCI, on s’aperçoit qu’elle est plutôt très peu regardante sur le respect environnemental. Les OGM et produits chimiques toxiques pour l’environnement et l’humain sont autorisés ( pas interdits ). C’est la crédibilité de la BCI qui en prend un coup sur l’aspect écologique. Mais la BCI ouvre la porte au marché international. Alors, pratiquement toutes les marques de textiles adhèrent à la BCI, c’est une quasi obligation. Et pourtant, cette démarche est simplement en train de “tuer” le vrai coton bio.

Ce n’est pas tout, l’enquête a montré autre chose:

https://fr.fashionnetwork.com/news/coton-epinglee-par-cash-investigation-la-better-cotton-initiative-repond,896917.html

dont le reportage a été diffusé sur France 2 le 28 Novembre 2017:

https://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/france-2/cash-investigation/cash-investigation-du-mardi-28-novembre-2017_2478912.html

En effet, d’après le reportage, la BCI s’est également montrée “conciliante” avec le travail des enfants dans les conditions d’esclavage en Ouzbékistan et surtout au Bangladesh.

Nous voyons que la BCI est en réalité un logo vide de façade. Le grand public sera sûrement séduit par ses engagements théoriques. Et les multinationales sont toujours libres de faire à peu près ce qu’elles veulent. C’est ce qu’on appelle un business win-win bien monté. Quand on sait que la Turquie était ( et l’est peut-être encore) impliquée dans des trafics de pétrole et du coton en provenance de le Syrie, où des crimes contre l’humanité ont été et sont encore commis sans que la BCI s’en émeuve …

Mais pourquoi s’est-elle montrée tout un coup intransigeante sur la question des droits de l’homme à XinJiang? D’où lui vient cet amour soudain pour ce peuple ouïghour?

La réponse est indirectement fournie par la responsable de l’antenne de la BCI à ShangHai:

http://m.news.cctv.com/2021/03/27/ARTIEAix6FLRIDuVMNFnB7JI210327.shtml

Elle déclare à la fin de l’interview par la CCTV, la chaîne chinoise officielle: Si la BCI bloque l’exportation du coton de XinJiang, c’est à peu près 500000 tonnes de cotons qui n’entrent pas sur le marché.

Un demi million de tonnes de cotons sera pourri sur place à XinJiang. Voilà l’enjeu, c’est l’argent.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Coton#Le_coton_en_Asie

Ce lien wikipedia montre que la Chine est le premier producteur du coton en Asie. L’inde suit de très près, arrive en 2ième position. Cela devrait nous interpeller. En effet, un sommet virtuel “quad” a eu lieu le 12 Mars 2021 entre les USA, l’Inde, le Japon et l’Australie. Il est intéressant de constater la présence d’un très grand producteur mondial du coton parmi les 4 pays. De là, faire le lien avec ce boycott du coton de XinJiang, il n’y a qu’un pas.

L’objectif est tout à fait claire: sortir de la dépendance vis à vis de la Chine sur les chaînes d’approvisionnement à l’échelle mondiale. Ce faisant, cela portera un coup dur à l’économie de la région de Xinjiang, pièce maîtresse du gigantesque projet de la nouvelle route de la soie. La question n’est pas de savoir si le marché intérieur chinois sera capable d’absorber le surplus de coton, mais d’observer comment la Chine va faire pour garder la main sur la chaîne d’approvisionnement, ou, contourner l’offensive de Biden par d’autres moyens. L’accord d’investissement avec l’Europe et la signature de RCEP peuvent être vus comme moyen de contrer la tentative étasunienne de retirer la Chine de l’approvisionnement mondial.

Mais revenons à nos cotons, qu’en est-il du coton indien?

https://base.d-p-h.info/fr/fiches/dph/fiche-dph-7570.html

D’après cet article très complet sur le sujet, on y voit surtout de l’ombre américaine, à travers Monsanto… Le semencier controversé fourni en effet des variétés de coton OGM qui pose problème à l’environnement en Inde. La variété BT (monsanto) ne convient pas à l’environnement local, et les paysans indiens continuent à employer massivement les produits toxiques dans les champs de coton, comme le montre ce reportage de France 2, diffusé le 9 février 2018:

https://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/pesticides/conso-la-face-cachee-du-coton_2603186.html

L’objectif de cet article n’est pas de démontrer qui a raison ou tort sur ce sujet du coton à XinJiang, mais de montrer les enjeux géostratégiques, économiques, humains, environnementaux du coton. C’est loin d’être aussi simple qu’une querelle entre marques de vêtement et les consommateurs chinois.

C’est la première vraie bataille engagée dans la nouvelle guerre froide qui oppose la Chine au bloc Occidental.

C’est un test pour la Chine: est-elle prête pour cet affrontement sans merci ? C’est un test pour le bloc Occidental: a-t-il encore les moyens d’étouffer l’ascension la Chine vers la place d’une grande puissance mondiale?

C’est comme au début d’une grande offensive terrestre: les 2 camps ajustent le tir de l’artillerie lourde en tirant un coup de pointage. Les suivants seront pour tuer.