Myanmar: A qui profite le crime?

Mar 3, 2021 Géopolitique

C’est le genre de question que se pose souvent Hercule Poirot, et ce serait bien que tout le monde sache faire travailler ses petites cellules grises comme lui. Mais sachons aussi, que celui qui profite du crime, n’est pas forcément le criminel…

D’abord, plaçons nous dans le contexte. La Chine est un géant fragile. Le détroit de Malacca est un point vital où transitent la majeure partie de ses import/export. A tout moment, la US NAVY pourrait fermer le détroit, et étouffer 1 milliard et demi d’humains.

Que faire?

Solution 1: les nouvelles routes de la soie passant par XinJiang, la région des ouïghours.

Solution 2: contournement par le nord du détroit, par voie terrestre. Il s’agit d’emprunter une voie terrestre pour déboucher sur l’océan indien.

La solution 2 a été trouvée en Birmanie. La Chine a investi 5.5 Milliards d’euros dans diverses infrastructures, dont un pipeline reliant le port en eau profonde de Kyaukpyu en Birmanie à la ville KungMing en Chine.

La Birmanie est aussi un pays riche en ressources naturelles. Elle a presque tout: gaz, pétrole, terre rare, cuivre, or … Les chinois adorent y aller pour dénicher les pierres semi précieuses. Autant de ressources précieuses à la porte de la Chine suscite forcément l’intérêt de celle-ci.

Le premier Février 2021, les militaires ont fait un coup d’état. Pékin appelle à toutes parties à trouver une solution dans le calme. Est-ce sincère? Sur le web, des rumeurs courent et accusent la Chine de soutenir les militaires dans leur répression meurtrière des manifestants.

sur cette image, on raconte que des soldats chinois sont à Rangoun. “trop blancs pour être birmans”, peut on lire dans les commentaires en birman. Mais pourquoi envoyer des soldats chinois pour se servir des équipements birmans, alors que la Chine possède des équipements bien meilleurs?

Voici un démenti de l’association des commerçants chinois en Birmanie, contre les rumeurs de fournitures de matériels militaires chinois aux putschistes. Il s’agit en réalité de fruit de mer importés depuis la Chine.

Sur cette image, il est écrit que des faux billets de banques en monnaie birmane sont arrivés de Chine pour payer les militaires.

Ces fakes news à dormir debout ont eu pour conséquence, des attaques de ressortissants chinois, et un fort ressentiment anti chinois dans le pays.

D’où viennent ces fakes news? Une enquête de global times a montré que certains éléments Hongkongais en fuite seraient derrière tout ça. voici l’un d’entre eux : LuoGuanCong.

Mais ils ne sont pas seuls. Il existe une alliance nommée: “l’alliance des thés au lait” : 奶茶联盟 dans le secteur.

Pourquoi ce nom étrange? Cette alliance comprend des thaïlandais, taïwanais et hongkongais, tous connus pour consommer du thé au lait, chacun sa recette. LuoGuanCong appelle les manifestants birmans à rejoindre l’alliance des “thés au lait” pour la démocratie.

Et il est loin d’être le seul hongkongais impliqué dans les affaires birmanes.

Leader militaire birman avec le milliard hongkongais Jimmy Lai, actuellement en prison

Selon le site dimsumdaily.hk:

https://www.dimsumdaily.hk/jimmy-lai-offered-burmese-army-general-who-overthrew-the-elected-govt-an-expensive-watch-for-investment-opportunities-in-2013/

Le milliardaire hongkongais Jimmy Lai, actuellement en prison, serait soupçonné de corruption active au Myanmar notamment envers le leader de la junte militaire Min Aung Hlaing, pour y avoir des facilités d’affaires.

L’affaire est loin d’être aussi simple qu’une contestation de vote.

Je vais donc essayer de ne pas juger le bien fondé de leur action ni celles de la Chine. Je vais simplement placer les choses dans le contexte:

La Chine joue sa survie en Birmanie comme dans la région de XinJiang. Myanmar représente un intérêt vital et stratégique non seulement à cause de ses ressources, mais surtout parce qu’il est à la porte de la Chine. Et elle ne peut tolérer la présence de troubles à sa porte. Le coup d’état n’arrange vraiment pas ses petites affaires dans le sud-est asiatique. Même le NewYork Times l’a admis dans son analyse publiée le 5 Février.

Analyse par NewYork Times de la situation au Myanmar et son impact pour la Chine

https://www.nytimes.com/2021/02/05/world/asia/myanmar-coup-china-united-states.html

Prendre partie pour l’un ou l’autre, maintenant, conduira la Chine dans un échec stratégique dans cette partie de l’Asie. Et elle ne peut simplement pas se permettre de perdre son accès à l’océan indien.

Donc, je repose la question : à qui profite le crime?réponse: Beaucoup de monde, sauf la Chine.