Archive: 22 novembre 2021

Le Laos: au cœur de RCEP

En 1995, le premier ministre malais Mahathir bin Mohamad a lancé l’idée de la zone économique du sud-est asiatique, gravitant au tour d’une ligne de chemin de fer. Elle devait partir de la ville chinoise KunMing, pour arriver à sa destination finale au Singapour, en sillonnant les pays comme le Vietnam, la Thaïlande, le Laos, le Myanmar, le Cambodge, et bien sur, la Malaisie. Elle a été nommée Trans-Asian Railway, TAR

C’est le cœur de l’actuel projet RCEP, le point de départ du gigantesque projet de la nouvelle route de la soie, si cher à XiJinPing.

Comme quoi, les chinois n’ont pas cherché à réinventé la poudre.

C’est une idée de génie mais le projet a pris beaucoup de retard et a subi beaucoup de tempêtes géostratégiques et politiques. A l’heure où le projet RCEP est programmé pour une entrée en vigueur le 1er Janvier 2022, la ligne KunMing – Vientiane sera officiellement inaugurée au Laos le 2 Décembre 2021, le jour de la fête nationale.

L’économie du pays en sera transformée. Près de 9% de GDP laotien a été investi dans cette ligne, cela représente énormément pour les laotiens. Mais l’immense majorité de l’investissement a été assumé par la Chine qui en a les moyens.

Les 1022Km qui séparent KunMing de Vientiane seront parcourus en moins de 10 heures. Il est plus que certain que de riches touristes chinois vont débouler au Laos dès 2022. Espérons que le Laos saura préserver son environnement et maîtriser l’inflation notamment dans l’immobilier.

Mais les changements ne vont pas s’arrêter là. Cette ligne mettra une main d’œuvre peu chère aux usines chinoises qui pourraient y délocaliser une partie de leur production de pièces détachées. L’assemblage final restera sans doute en Chine continentale. Ainsi, la Chine préserve son avantage sur le coût de production sans perdre la maîtrise de la chaîne d’approvisionnement. Le Laos est assez proche de la Chine.

Ce qui n’est pas le cas des autres pays traversés par la TAR. Le Vietnam se méfie de son grand voisin du nord et tente de tirer profit de la guerre froide sino-américaine.

La Thaïlande essaie de jouer au jeu d’équilibriste entre les 2 grandes puissances mondiales, tandis que le Myanmar s’engage sur le chemin de l’instabilité.

Le seul autre partenaire fiable pour la Chine est le Cambodge. Et ce dernier a un avantage majeur que son voisin laotien n’a pas: un accès à la mer. Ceci ne peut échapper aux stratèges chinois. Si la TAR change d’itinéraire pour aboutir à un port Cambodgien, cela permet non seulement de désenclaver le Laos, mais aussi la ville KunMing dont le développement est justement limité par sa situation géographique qui est loin de la mer.

Cela ne remet pas en question les intérêts malais et singapouriens, car la pointe sud du Cambodge n’est qu’à quelques jets de pierre de ces pays par la voie maritime.

Tout se repose sur le succès laotien. Tout le sud-est asiatique a les yeux braqués sur le Laos, ce petit pays enclavé et si paisible. Il sera au cœur du point de départ d’un grand jeu sur l’échiquier mondial en 2022.

Bonne chance à nos amis laotiens, espérons qu’ils prennent le bon train.

Le diable est dans le détail: Biden est à court de cravates? Les avions US ne savent plus atterrir?

Il ne se passe pas un mois où les situations géostratégiques changent brusquement. Mais pour moi, dans ce monde hyper-connecté, il n’y guère de place aux “coups de théâtres”, hélas.

Le monde entier a braqué son regard sur le sommet virtuel sino-américain. Les médias préfèrent parler de dialogues virtuels d’où, aucune des parties n’a tiré un quelconque avantage ou résultat concret. Il est certain que les 2 leaders n’allaient pas s’embrasser à travers les écrans. Mais une fois de plus, les médias mainstream ont braqué leur caméra au mauvais endroit.

Ce qui m’a piqué les yeux sur cette photo, est le rouge vif de la cravate de Biden. Xi JinPing, n’a pas vraiment de code couleur qui saute aux yeux, mais le choix de la cravate de Biden est assez surprenant, d’autant plus que, quelques heures avant l’entretien avec le leader chinois, Biden portait une cravate différente.

President Joe Biden signs the “Infrastructure Investment and Jobs Act” during an event on the South Lawn of the White House, Monday, Nov. 15, 2021, in Washington. (AP Photo/Evan Vucci)

Et oui, Biden n’est pas allé voir son homologue chinois les mains vides. Dans l’après-midi du 15 Novembre 2021, il a singé un accord d’investissement dans l’infrastructure d’un montant de 550 Milliards de dollars. Et à ce moment là, sa cravate portait les couleurs du drapeau américain ( rouge et bleu ).

Le changement de cravate juste avant l’entretien avec Xi dans la soirée était donc parfaitement voulu et réfléchi. La programmation de la signature de l’énorme plan de relance dans l’infrastructure n’était pas le fruit du hasard non plus, quand on sait que la championne du monde en investissement et génie dans le domaine de l’infrastructure est, justement, la Chine …

Certains remarquent que les 2 parties restent crispées sur la question de Taiwan, comme le rappelle cet article:

https://information.tv5monde.com/info/biden-et-xi-se-parlent-longuement-mais-restent-couteaux-tires-sur-taiwan-432525

Tv5monde est habitué aux articles à charge contre Pékin, mais ils ont raison de souligner l’inébranlable détermination chinoise à affirmer sa souveraineté sur l’île rebelle. Mais seulement voilà, quels sont les moyens dont dispose Xi pour affirmer sa “détermination” ?

Une maquette de porte-avion américain dans le désert?

Une maquette des avions de reconnaissance l’armée de l’air américaine en Mongolie intérieure?

Je ne sais pas. Je possède pas de renseignements précis sur les réelles capacités opérationnelles chinoises.

Mais, lorsqu’on compile les données dans le temps, on entrevoit un fond de vérité qui explique beaucoup de choses.

Le 6 juin, une délégation non officielle de sénateurs américains arrive à Taïwan… dans un énorme C17: un transport militaire. Boeing n’a plus d’avions ?

https://www.la-croix.com/Monde/delegation-americaine-non-officielle-arrivee-Taiwan-bord-dun-avion-militaire-2021-06-07-1201159914

Le 15 juillet, c’est au tour d’un C-146A, en provenance d’Okinawa cette fois, d’atterrir à Taiwan, pour une escale de 10 minutes. Contrairement à C17, le C146A est un petit avion destiné à transporter des équipes réduites. Il a donc un décollage très court et prend moins de temps à préparer.

et enfin pour finir avec les manœuvres, un c130 est passé à la pompe début octobre à l’aéroport de Taipei Songshan en provenance des Philippines.

3 types d’avions différents, en provenance de 3 endroits différents pour, soit transporter 4 personnes, soit faire escale de 10 minutes, soit faire le plein.

En dehors des prises de paramètres de vol au-dessus de l’île, je n’en vois pas d’autres raisons valables.

Mais pourquoi des avions de transport vides?

Pour évacuation. Ce qui signifie que les état-unis prennent les militaires chinois très au sérieux.

Qu’en pensez vous?