Archive: 25 décembre 2021

Loring Miner: le lanceur d’alerte sanitaire… ignoré

Entre 40 à 100Millions de personnes sont mortes de la grippe 1918-1919 à travers le monde.

Cette grippe dont on jette volontiers la paternité sur les espagnoles durant 100 ans, n’avait rien d’espagnole.

Mais puisque la presse espagnole, alors plus libre, avait la liberté d’en parler grâce à la neutralité du pays durant la grande guerre, alors il était aisé de leur jeter la responsabilité.

Pendant un siècle, on a cherché la source de la pandémie. La première personne qui a identifié cette maladie très particulière est le Dr. Loring Miner du compté de Haskell de l’état de Kansas aux états unis.

Qu’est-ce qui s’était passé ?

D’abord mettons nous dans le contexte historique.

La guerre

Nous sommes au lendemain de l’entrée en guerre des USA au coté de l’entente contre l’Allemagne. La guerre entre dans un phase charnière après le retrait de la Russie.

Tout le monde espérait la fin rapide de cette sale guerre qui n’avait que trop duré. Les états-unis ont du mobiliser 33% de sa population totale pour contribuer à l’effort de guerre. A ce pourcentage, autant dire que c’est le pays tout entier qui s’est converti à une gigantesque usine de guerre à ciel ouvert.

En 1917, les USA n’avaient que des soldats inexpérimentés, mal entraînés et mal équipés. Ils n’allaient sûrement pas se jeter devant les mitrailleuses allemandes comme ça.

De gigantesques camps d’entraînement militaires ont poussé comme des champignons dans tout le pays.

Les appelés de Haskell étaient dans le camp de Funston. Et c’est précisément le camp de Funston qui a été identifié comme l’épicentre de la terrible pandémie de 1918-1920. Voilà son histoire

La maladie et l’alerte

Fin janvier 1918, le Dr Loring Miner, médecin de campagne du comté de Haskell, près de Dodge City, Kansas, est appelé auprès d’un patient qui présente de graves signes respiratoires : forte fièvre, courbatures, toux sèche, violents maux de tête, gêne respiratoire. Bref, une bonne grippe, qui était identique à ce qu’il avait déjà identifiée printemps 1917.

Dr. Loring Miner source : http://www.animasmuseum.org/online_exhibits/1918flu/1918flu1.html

Dans les semaines suivantes, il dénombre 18 patients présentant des signes inquiétants par leur acuité. Il y a trois morts. Les patients viennent souvent de fermes isolées de la région qui vit de l’élevage de porcs et de volailles. Les analyses génétiques réalisées des décennies plus tard révèlent qu’il s’agit d’une combinaison de génomes avec la grippe aviaire.

Dr. Miner a immédiatement alerté Rupert Blue, au service de santé publique des états-unis sur ce nouveau type de grippe très virulente et meurtrière. Mais l’alerte du docteur de campagne a simplement été ignorée.

Rupert Blue

Très rapidement, ce sont des milliers de soldats du camp de Funston qui tombent malade. De véritables camps médicaux ont du être construits à la hâte à l’intérieur du camp militaire.

Camp médical au camp de Funston 1918: https://france3-regions.francetvinfo.fr/centre-val-de-loire/indre-loire/tours/histoire-confinemet-1918-touraine-au-rythme-grippe-espagnole-pire-epidemie-histoire-1819656.html

Rapidement, l’épidémie se répand aux camps de Forrest et de Greenleaf, puis à Fort Oglethorpe (Géorgie), frappant près de 10 % des soldats. Beaucoup de jeunes pensaient se rendre utiles à la nation, sont morts sur le sol national avant d’avoir mis un pied en Europe.

Puis les grandes villes du pays sont frappées à leur tour par cette mystérieuse grippe très contagieuse.

En Europe aussi, la maladie se répand avec l’arrivée des soldats étasuniens dans les tranchées. Le continent est touché à son tour. Mais comme l’a fait remarqué cet article:

https://france3-regions.francetvinfo.fr/centre-val-de-loire/indre-loire/tours/histoire-confinemet-1918-touraine-au-rythme-grippe-espagnole-pire-epidemie-histoire-1819656.html

l’origine de l’information finit par se confondre avec l’origine du mal

Le premier qui en parle est forcément fautif, et ce sera l’Espagne.

Durant à peu près 1 an, la maladie a fait le tour du monde en amenant avec elle entre 40 à 100 Millions de personnes sur tous les continents.

Elle est toujours là… avec nous, chaque année.

https://www.kansas.com/news/local/article200880539.html

Le site de officiel de l’état de Kansas a bien expliqué les choses.

Cette grippe, a réussi à s’enrichir d’autres génomes tout au long du 20iem siècle et revient chaque année. On l’appelle ” la grippe saisonnière”. Nous pouvons en avoir une explication plus technique ici:

www.pandemies-et-amerique.com

Et si l’alerte avait était prise en compte?

Maintenant, revenons à notre lanceur d’alerte, le docteur Loring Miner.

En effet, on pourrait conclure que si l’alerte était prise en compte par le service de santé publique des états-unis, c’est près de 80 Millions de vies qui auraient pu être sauvées à travers le monde.

Mais, cela retardera voire annulera l’arrivée de l’armée américaine en Europe. étant donné l’état des pays européens, à bout de souffle, vidés et lassés par la guerre d’usure dans laquelle ils se sont enlisés, pouvait-on tolérer cela?

Avec l’arrivée des troupes du front de l’Est en France, l’Allemagne s’est considérablement renforcée. La France et la grande Bretagne pouvaient-elles résister en attendant que les états-unis en finissent avec l’épidémie sur son sol? Et si la guerre se soldait par une victoire allemande?

Je pense que la vraie question à se poser et la suivante:

Qui sommes nous pour juger les autres, ceux qui ont pris la décision au pied levé dans le passé? En aurions-nous été capables de mieux? Serons-nous capables de mieux?

Revenons à notre époque. Si l’épidémie s’était déclarée en Inde, le 2ièm pays actuellement le plus peuplé au monde, quelle aurait-été la situation en janvier 2022 ?

Je pense que, dans le pareilles situations, ce sont la modestie et l’intelligence qui doivent s’imposer face aux jugements et critiques.

Rupert Blue avait l’histoire du monde des 100 prochaines années (voire plus) entre les mains sans le savoir. Il valait peut-être mieux il ne le sache pas.

Chine – URSS – Ouïghours: le FarWest, c’était toute une aventure

Depuis la naissance du premier empire Chinois: Qin, en -221, le premier Empereur de Chine a déjà compris le principal point de faiblesse de son vaste territoire: le territoire à la frontière de l’Asie centrale – le farwest chinois.

Il y dépêcha un contingent militaire pour garder un œil sur les tribus nomades qui y vivaient et devenait puissantes. En l’an 60 avant l’ère commune, sous la dynastie des Han de l’Ouest, ce vaste territoire de 2 Millions de kilomètre carrés, soit plus d’un tiers du territoire terrestre de la France actuelle, passe sous contrôle de l’Empire chinois. Il était contrôlé par une administration dédiée nommée: 西域都护府 ( L’administration de défense de la capitale des régions de l’Ouest ).

Un bon paquet de siècles et de guerres perdues plus tard, la République Populaire de Chine est proclamée. La première tâche ardue à laquelle, la jeune ( pauvre, faible et fragile ) république s’est attelée, est celle de stabiliser ses très longues frontières. Tout se passait relativement bien, sauf pour cette région, à la porte de l’Asie centrale.

Les négociations devait avoir lieu avec Moscou, les maîtres de la région depuis 200 ans. Mais sur fond de crise sino-soviétique dans les années 60, aucun des deux pays socialistes ne veut céder un pouce. Et pour ne rien arranger, cette région aux reliefs géographiques et histoires complexes est très compliquée à “découper”.

Les revendications chinoises sont principalement basées sur le fait qu’elle ait été obligée de signer des traités inégaux suite aux défaites militaires de l’Empire Mandchou face aux puissances coloniales au 19iem siècle. En ce qui concerne le grand Ouest, les traités d’Aigun (1858), de Pékin (1860) et d’Ili (1881) ont été cités et dénoncés par la partie Chinoise comme inégaux. Mais Pékin ne les a pas déclarés nuls et non-avenus. Cela aurait été trop risqué.

Cela dit, la somme des surfaces des territoires que la Chine considère comme “volés” vers la fin de l’Empire des Mandchous par la Russie Tsariste arrive à 1 500 000 km2, soit pratiquement 3 fois la surface de la France.

Des négociations ont eu lieu tout au long des années 60 malgré des incidents frontalier sino-soviétiques ayant causé des pertes humaines des deux cotés.

Elles ont été interrompues d’abord par la destitution de Khrouchtchev le 15 Octobre 1964, puis la révolution culturelle coté chinois a définitivement mis à l’arrêt toute négociation à ce sujet.

C’est seulement en 1988 que les deux pays arrivent enfin à avancer de manière concrète à ce sujet. Un groupe de cartographes comprenant des spécialistes des deux pays a fait des relevées afin de faciliter les négociations.

Au printemps 1989, lors de la visite historique de Gorbachev à Pékin, en plein mouvement des étudiants en Chine, Deng XiaoPing et Gorbachev sont tombés d’accord pour finir ce que les deux pays avaient commencé 30 ans plutôt.

Un certain nombre d’accords ont été signés jusqu’à ce que la Chine tombe sur un nouvel obstacle de taille: l’éclatement de l’URSS.

L’avantage de l’URSS est qu’il n’y en avait qu’un pays avec qui parler. Et il était aisé de parvenir à un compromis si la Chine cède sur les contentieux territoriaux vers le fleuve amour à l’Est, elle aurait pu avancer sur l’Asie centrale avec plus de facilité. Mais avec la disparition de l’URSS, les chinois devront négocier avec le Kazakhstan, le Kirghizstan et le Tadjikistan sans oublier la Fédération de la Russie. Aucune des nouvelles républiques de l’Asie centrale ne voudra céder du territoire aux Chinois. Et la Chine perd toute marge de manœuvre pour des compromis à l’Est. La partie se complique.

La Chine va devoir faire des sacrifices mais pas pour les raisons qu’on pourrait croire.

En effet, les négociations avec les kazakhs ont rapidement abouti… à l’absence quasi-totale de revendication chinoise ! Mais pourquoi?

En effet, le président kazakh avait fait des promesses à la Chine concernant les mouvements ouïghours à partir de 1992, plus précisément en 1993 et une nouvelle fois en avril 1994 et qu’en outre, dès 1993, le Kazakhstan offre des garanties à Pékin concernant sa sécurité en général en promettant de ne participer à aucune alliance politique ou militaire tournée contre la Chine et en s’engageant à ne pas autoriser que son territoire serve de base à d’éventuelles activités menées par une puissance tierce contre la sécurité ou la souveraineté de la Chine.

Quant au Tadjikistan, l’accord est signé Le 17 mai 2002. Pékin renonce à 95% des zones initialement revendiquées 40 ans auparavant ! Des renoncements similaires ont été observés avec le Tadjikistan.

En effet, le Tadjikistan est voisin de l’Afghanistan. Et la situation y est bouleversée notamment après le 11 septembre 2001

REUTERS/Courtesy of NBC Reuter original / HO ( NEW YORK / United States of America )

L’arrivée de l’OTAN dans la zone a du mettre la pression sur pékin pour qu’il évite à tout prix, toute source de contentieux avec les autres voisins de l’Asie centrale, afin que celle-ci ( source de contentieux ) ne soit pas instrumentalisée par une puissance étrangère.

Avec cette série d’accords signés début 2000, beaucoup de chinois reprochent au président chinois Jiang ZeMin d’avoir “cédé” d’immenses territoires par peur. Je pense que ces reproches n’ont pas lieu d’être: Les raisons d’état n’ont parfois pas besoin d’explications.