serge delain

Taïwan: Aucun plan ne résiste au premier contact de l’ennemi

La guerre continue à faire rage en Ukraine, mais il est évident que les quelques cannons césars Français que l’Allemagne a donnés aux Ukrainiens ne changeront pas l’issue du conflit.

Tandis que l’Europe se demande de quel gaz elle va bien pouvoir se chauffer pour l’hiver 2022, à tel point que des centrales au charbon seront remise en service, Biden a aussi une patate chaude dans la main: l’inflation.

A l’approche des élections à mi-mandat, il doit impérativement s’en débarrasser, mais comment? Relever les taux? Faire chuter l’or sur lequel le Rouble est indexé?

Embargo sur l’or russe… mais quel en est le véritable but ?

C’est très compliqué. L’or reste stable, ce qui n’aide pas à rétablir la confiance face au dollar.

L’heure est choisie pour la Chine de réaffirmer sa ligne rouge absolue: Taïwan.

La Chine possédait 2 porte-avions.

Le LiaoNing, anciennement Varyag, acheté aux enchères en Ukraine. Rongé par la rouille, les états-unis ont fait pression aux ukrainiens pour en démonter tout ce qui ne nuit pas à sa flottabilité. Même les lits ont été déboulonnés. Il a mis 2 ans pour faire un trajet de 2 mois jusqu’en Chine…

Le ShanDong, le premier porte-avion de fabrication chinoise.

D’après la règle de nommage des porte-avion, le suivant devrait être baptisé JiangSu, la province côtière juste au sud de ShangDong, pour suivre l’itinéraire du nord au sud. Le territoire entre LiaoNing et Shandong n’est pas une province, mais un district spécial entourant la capitale.

Mais la marine en a décidé autrement. Le 3ièm porte-avion chinois, de fabrication totalement domicile, est baptisé FuJian. C’est un signal très fort envoyé aux indépendantistes de l’ile et surtout à Washinton. En effet, FuJian est juste en face de Taïwan.

Puis, elle démontre sa capacité en matière des techniques anti-missile balistique.

http://www.mod.gov.cn/topnews/2022-06/19/content_4913397.htm

Le site officiel du ministère chinois de la défense annonce, sobrement, la réussite du teste anti-missile balistique à capacité d’interception à mi-course.

En effet, la technique la plus sûre d’intercepter un missile balistique est l’interception durant le vol balistique exo-atmosphérique.

Cela reste extrêmement difficile car les missiles balistiques récents peuvent atteindre mach 15, voire 20 durant le vol exo-atmosphérique. Ils sont petits et souvent dotés de technologie furtive. Les détecter et les détruire au vol est un exploit en soi. Réussir cet exploit chaque fois qu’on le tente est simplement prodigieux. La Chine a réussi à le faire 6 fois.

Ce teste est un avertissement sévère adressé à Taiwan, suite à la déclaration de l’homme politique Yu Shyi-kun sur de possibles frappes par missile balistiques longue portée sur Pékin, si la Chine procède à la réunification par la force.

https://news.ltn.com.tw/news/politics/breakingnews/3957585

Je voudrais ouvrir une petite parenthèse historique à ce sujet. Saviez-vous à la veille de la proclamation de la République Populaire de Chine en 1949, Tchang Kaï-chek, le chef du gouvernement nationaliste réfugié à Taiwan, voulait frapper Pékin avec des bombardiers stratégiques B24 ? Il a finalement annulé la mission en ce jour du premier Octobre 1949… ça n’a tenu qu’à un fil.

Tchang Kaï-chek

Mais pour quelle raison? Il aurait pu éliminer la plupart des hauts responsables communistes. Mais seulement voilà, cela aurait fait de lui un criminel pire que les envahisseurs étrangers qui ont saccagé Pékin en 1900, mais qui n’ont néanmoins pas détruit la cité interdite. La mission ne pouvait pas réussir sans détruire ce trésor de l’humanité.

Mais alors, Pékin a-t il les moyens de réunifier Taïwan par la force et rapidement?

Selon mes observations, c’est non.

En tout cas, pas avant 20 ans. Malgré ce 3iem porte-avion avec ses catapultes électromagnétiques et ses canons à haute vélocité ( 12000 coups par minutes) équipé de radars passifs, la Chine manque d’expérience opérationnelle.

Il n’y a aucun haut gradé dans l’APL ayant connu l’épreuve du feu. Et ça, c’est un problème pour une armée censée faire face à la première puissance militaire mondiale.

Sans expériences opérationnelles, le 3ièm ou même le 4ièm porte-avion sans doute nucléaire, ne sont que des cibles destinées à être coulées par le fond par la US NAVY.

Les exercices de l’APL qui consistent à prendre des îles rapidement sont plus destinés à envoyer des signaux à Taiwan. Pékin a sans doute des plan d’attaque dans son tiroir.

Mais le célèbre Generalfeldmarschall prussien Helmuth Karl Bernhard von Moltke disait:

Aucun plan ne résiste au premier contact de l’ennemi

Bernhard von Moltke

Mais alors que dit le célèbre stratège chinois SunZi?

兵无常法,水无常形。

孙子

L’eau n’a pas de forme définie, l’art de guerre n’a pas de règle prévisible.

Si les états-unis ont des plans pleins les tiroirs, le meilleur plan de la Chine pour Taiwan est celui qui consiste à ne pas en avoir…

L’histoire de la variole en Chine

Nous sommes en 1661, l’Empereur ShunZhi: 顺治 ( de la dynastie Qing des Mantchous ) est mourant après avoir contracté la variole.

C’est alors qu’un homme lui donna un avis éclairé: mettre le très jeune prince cadet âgé de 6 ans sur le trône. La raison ? Le petit avait survécu à la variole, et n’aura très probablement plus à affronter la maladie de toute sa vie. Cet homme se nomme Johann Adam Schall von Bell, un jésuite allemand au service de la cours impériale mandchou à Pékin.

Johann Adam Schall von Bell: https://fr.wikipedia.org/wiki/Johann_Adam_Schall_von_Bell

Le jeune empereur âgé de 6 ans portait alors le nom de règne KangXi:康熙. Ce fut le début d’une très longue période de paix et de prospérité en Chine. Il a stabilisé les frontières, consolidé les relations avec le Tibet. Ces réformes, progressistes pour l’époque, ont contribué à l’essor économique et culturel de l’empire.

KangXi: 康熙

En 1682, il ordonna la généralisation de la variolisation ( 种痘 ) dans tout l’empire. Cette énorme campagne de variolisation imposée par un décret impérial a fait grand bruit à l’époque. La Russie fut le premier pays à avoir envoyé une délégation pour étudier cette vieille technique connue depuis les temps anciens en Chine.

La variolisation est l’inoculation volontaire de la variole, prélevée sur un sujet faiblement malade, ou lui-même variolisé. Cette technique, qui remonterait à la Chine ancienne, protège les sujets d’une variole grave.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Variolisation

En effet, de l’autre coté des frontières du grand nord, régnait une souveraine tout aussi éclairée que KangXi: Catherine II de Russie.

Catherine II de Russie

Grande amie des philosophes lumières, instruite et très cultivée, elle a aussi participé activement au développement de la variolisation dans son empire. Pour ce faire, elle s’est faite varioliser elle-même et a survécu à l’épreuve.

En Chine, on arrive à trouver des traces d’écrits des symptômes de la varioles au premier siècle.

Cette maladie était alors inconnue et incurable. Elle aurait été introduite après avoir capturé des prisonniers de guerre sur les territoire de l’actuel Vietnam.

Pendant des siècles, la variole était un tueur contre lequel, les médecins chinois étaient totalement désarmés. On pense que c’est sous la dynastie de Tang au 7ièm siècle qu’on aurait découvert la technique dite du vêtement variolisant.

Cela consistait à faire porter le vêtement d’un malade par un enfant sain afin que celui attrape la maladie pour acquérir, s’il y survit, l’immunité. C’était l’ancêtre de la variolisation.

Puis, sous la dynastie de Song, vers la fin du 11ièm siècle, la variolisation est née sous sa forme la plus connue. Elle consiste à préparer la substance suppurant des vésicules d’un malade en le mettant sous forme de poudre. Puis, on le souffle par le biais d’une tige dans le nez du sujet à varioliser.

Sous la dynastie de Qing, un médecin pas très connu du grand public: YuMaoKun 俞茂琨 a beaucoup étudié la variole et a mis au point une technique plus moderne de la variolisation. Il l’a décrite dans un ouvrage dédié à ses études de la maladie : La variolisation 种痘法.

Plus tard, le célèbre médecin ZhuYiLiang 朱奕梁 a écrit dans un autre ouvrage dédié à la variolisation: Le traité de la variolisation, la manière la plus sûre de de préparer l’inoculation.

Dans cet ouvrage, il souligne la grande dangerosité de la substance initialement “cueillie” d’un malade, et le long processus intermédiaire permettant d’obtenir une substance avec beaucoup moins de dangerosité. Ce processus comprend pas moins de 7 variolisations intermédiaires, et diverses méthode de prélèvement, de préparations de substances sous différentes formes: liquide, poudre …

Peu à peu, la variolisation a été adoptée par pratiquement le monde entier.

En France, à l’instar des vaccins contre le covid19, la variolisation provoque des débat houleux. Des gens comme d’Alembert, encyclopédiste, vont être très opposés à cette pratique alors que Voltaire, par exemple, va être beaucoup plus favorable à cette technique médicale.

C’est en 1790 que le britannique Edward Jenner fait une découverte qui va en faire le “père” de la vaccination. Il s’est rendu compte que les personnes qui travaillaient avec les vaches n’attrapaient jamais la variole parce qu’elles avaient une autre maladie, inoffensive pour les humains, qui s’appelait la ‘vaccine’.

Edward Jenner a eu l’idée d’utiliser ce virus de vache en l’inoculant volontairement aux humains pour les empêcher d’attraper la variole. C’est comme ça qu’on est passé de la variolisation à la vaccination. Le mot ‘vaccin’ vient en fait d’un virus de vache.

Mais l’histoire de la variole en Chine n’est pas terminée pour autant.

En 1924, la Chine est dans un état catastrophique. Des centaines de millions de gens pauvres, malades, affamés et illettrés s’entassaient sur un tas de ruine encore fumante. Les maladies comme la variole menaçaient de faire des ravages que l’état chinois ne pouvait pas contrôler.

La Chine avait besoin de vaccin contre la variole. Mais le problème est que la technologie de fabrication de vaccins est maîtrisée par l’Occident. Et de toute façon, la Chine n’avait pas l’infrastructure pour en fabriquer.

Un comble pour le pays inventeur de la variolisation qui n’avait pas hésité à la transmettre au monde entier.

C’est alors qu’un homme, QiChangQing 齐长庆 s’est mis en tête d’en fabriquer avec ses propres méthodes en se basant sur ses expériences réussies du vaccin contre la rage.

S’inspirant des méthodes décrites dans le traité de la variolisation, il s’est servi des animaux comme le singes pour obtenir un vaccin encore plus efficace que tous les vaccins de l’époque. On le nomma: 天坛株

Son vaccin a même été utilisé par les troupes des alliés stationnées en Asie durant la seconde guerre mondiale.

En 1950, la toute nouvelle république populaire a ordonné une campagne de vaccination obligatoire contre la variole dans tout le pays avec le vaccin de QiChangQing.

Son vaccin est tellement efficace que le dernier cas guérison totale de variole date de juin 1961, alors que le dernier cas hors Chine est en Somalie et date du 26 octobre 1977.

Dernier patient de variole chinois: HuXiaoFa 胡小发。date de la guérison: Juin 1961

Avec le dernier patient chinois de la variole, HuXiaoFa 胡小发 clore un très long chapitre dans l’histoire de la médecine chinoise en 1961, soit, 16 ans avant le dernier cas hors Chine.

Répétition en Ukraine, pratique à Taïwan

Taïwan, la nouvelle poudrière prête à exploser.

https://www.reuters.com/world/china-slams-us-changing-taiwan-wording-state-department-website-2022-05-10/

Mais d’abord un petit résumé de l’actualité.

Plus de 2 mois après le début de l’invasion Russe en Ukraine, nous pouvons désormais tirer quelques conclusions des tactiques des 2 camps.

Coté Russe, la tactique du début fut un désastre. L’armée russe était surprise par les forces ukrainiennes entraînées, armées, renseignées et réformées depuis des années par l’OTAN. A cela s’ajoute l’hécatombe des hauts gradés, probablement du à des fuites au sein des services russes, la Russie n’a pas pu accomplir tous ses objectifs initiaux.

A leur décharge, la règle d’engagement du début était de préserver au maximum les populations russophones pour la plupart, les soldats marchaient sur le œufs. Ce qui a causé beaucoup de pertes.

L’OTAN a éprouvé sur le terrain une tactique qui fait mal. La guerre par procuration. Brûler du cache pour faire couler le sang de quelqu’un d’autre est un business rentable. Cela permet d’écouler le stock d’armement afin de le renouveler plus facilement. L’armement de l’OTAN et surtout les renseignements constituent un atout majeur. La pluie de missiles russes au début des opérations n’a pas servi à grand chose, le renseignement OTAN avait déjà dissimulé une partie des forces aériennes. Ce qui fait qu’aujourd’hui, la Russie n’a toujours pas le contrôle total des airs.

L’OTAN a atteint son objectif. Celui qui consiste à tester sa tactique grandeur nature. Une tactique qu’il emploie avec Taïwan depuis des décennies.

Taïwan reçoit du matériel et formation militaire américains depuis très long temps. Le personnel est déjà familier avec le matériel US, y compris les chasseurs.

La doctrine chinoise était la saturation de la défense de l’Île par des milliers de missiles, afin de neutraliser les capacités de défense aériennes. Puis, prendre l’île rapidement avec un débarquement massif protégé par l’aviation, avant que les porte-avions de la NAVI se pointent à l’horizon. Tout est dans la vitesse de l’exécution.

Mais l’échec du blitzkrieg russe en Ukraine pose un gros problème aux chinois. La tactique chinoise ne fonctionnera pas.

Un témoin français, ancien militaire, atteste la pratique des unités Azov, qui cachent les matériels militaires dans les édifices civils. Ce qui pose problème aux russes, et ce sera encore pire pour la Chine.

En effet, si russes et ukrainiens sont liés par leur culture, il n’y a pas plus ressemblant à un chinois qu’un taïwanais. Aller infliger une opération meurtrière à Taïwan est purement suicidaire pour la Chine. Ce sera comme diriger un éléphant dans une boutique de porcelaine.

Il est aussi intéressant de constater le changement de doctrine militaire taïwanaise dès 2020.

L’exercice militaire taïwanais de cette année met l’accent sur la préservation des forces vives après une première vague d’attaque massive de “l’ennemi”. Et les taïwanais ne manquent vraiment pas d’imagination pour dissimuler les chars et BMPT parmi les édifices civils.

Distinguer le vrai du faux par satellite ce genre de déguisement est très compliqué.

Cela signifie que la pluie de missiles chinois ne permettra pas la neutralisation des forces vives “ennemies”. Ce que les chinois prenaient pour de la rigolade lorsqu’ils ont vu ces techniques de dissimulation en 2020, sonne comme un avertissement sévère au vu des résultats sur le terrain ukrainien.

La Chine ne pourra jamais se permettre la stratégie de la terre brûlée à Taïwan, comme l’a fait l’OTAN en Serbie en 1998. Si l’armée chinoise ne peut pas mettre à terre la défense de l’île en 48 heures, elle devra faire face aux porte-avion de la US NAVI. Et là, ça va se compliquer.

Si l’OTAN veut rentabiliser le résultat de ses “tests” en Ukraine, il lui faudra agir vite avant que la Chine trouve de nouvelles tactiques.

Et bien sur, les États-Unis n’ont pas attendu.

Après la visite des 6 sénateurs à Taïwan au mois d’Avril, une petite modification subtile du site web du département d’état américain constitue un premier pas vers une probable escalade de tension Sino-américaine.

La phrase où les États-Unis reconnaissent Taïwan comme partie intégrante de la République Populaire de Chine a disparu. Un équilibre fragile, un statu-quo depuis 1979 vient d’être rompu de façon unilatérale.

Biden n’a pas non plus renoncé à faire entrer Taïwan dans les institutions comme l’OMS.

https://taiwaninfo.nat.gov.tw/news.php?unit=183&post=218938&unitname=Photo-du-jour&postname=Soutien-des-Etats-Unis-%C3%A0-la-participation-de-Taiwan-%C3%A0-l%E2%80%99OMS

La visite de Biden en Corée du sud et au Japon est pour envoyer un signal fort à Pékin. Les États-Unis ont désormais un plan.

Une guerre asymétrique qui permettra de traîner une puissance militaire supérieure dans un bourbier meurtrier, avec l’aide de l’OTAN et des pays voisins de la Chine.

Ce sera, probablement, sans les Philippines. Le retour de la puissante famille Marcos aux commandes du pays se fait dans la continuité de la politique de Duterte.

Marcos Jr, fils du président du même nom qui avait régné aux Philippines pendant 21 ans, a fait toute sa scolarité en Occident et souhaite régler les différents avec la Chine au tour d’une table de négociation. Ce qui n’est pas du goût des États-Unis. A peine élu, le nouveau président est déjà dénigré par les médias mainstream:

https://edition.cnn.com/2022/05/11/asia/marcos-philippines-president-explainer-intl-hnk/index.html

En conclusion, la situation en Asie est devenue très complexe. La guerre en Ukraine est comme une répétition pour l’OTAN qui a peaufiné sa tactique militaire afin de préparer une confrontation contre une Chine ne peut plus bénéficier d’un soutient total et efficace de la Russie. Les semaines et les mois à venir seront riches en événements d’importance capitale dans la zone indo-pacifique.

Ukraine: and the winners are…

-Nous avons réussi, Conrad, nous avons réussi !

-Alors, je m’étais trompé, nous gagnons la guerre?

-Non

-Comment, nous avons perdu?

-Non

-Je ne vous suis pas bien, si nous n’avons ni gagné ni perdu mon colonel, qu’est ce qui va se passer ?

-La meilleure chose qui puisse nous arriver, la guerre va continuer !

-Pendant combien de temps?

-Indéfiniment !

( voir la fin de l’article )

Nous sommes quelques semaines après le début de l’invasion Russe en Ukraine, les informations en Occident sont, pour ainsi dire, verrouillées et filtrées. Elles arrivent au compte goûte depuis les médias étrangers. Il m’est difficile de citer mes sources car la plupart sont des analyses relayées des médias Israéliens, chinois voire, Vénézuéliens… Je m’efforce d’exposer des informations que je juge personnellement et subjectivement pertinentes. Les imprécisions et erreurs sont inévitables et j’en suis le premier navré.

Nous savons désormais qu’au début des “opérations spéciales”, la Russie a perdu beaucoup d’hommes et de matériels. Les médias occidentaux s’empressent de glorifier les combattants Ukrainiens face aux envahisseurs. Mais au fils du temps, les chiffres se confirment. La Russie aurait mobilisé moins de 13% des soldats, 10% de sa chasse et 4% de son artillerie, tandis que l’Ukraine en est à la mobilisation générale et demandait aux civiles de fournir à l’armée tous les drones, y compris des jouets, en tout cas au début du conflit.

La règle d’engagement russe, du moins au début des opérations, était d’épargner les civils ( russophones pour la plupart ) et l’infrastructure. La Russie n’avait strictement aucun intérêt à se fâcher avec la population russophone ou russophile pour une bonne partie. Le rapport de force était défavorable pour les russes qui étaient en infériorité numérique alors qu’un combat urbain exige, de nos jours, une supériorité numérique en faveur des assaillants d’au moins 3 contre 1, voire 5 contre 1 quand la configuration est compliquée. A ce sujet, les israéliens en savent quelque chose…

A cela s’ajoute, l’hécatombe des hauts gradés russes sur les lignes de front. Mais pourquoi y t-il autant de hauts gradés sur le front? Problèmes de communication avec les troupes? manque de prise d’initiative des sous-officiers? Certaines sources chinoises parlent également de fuite et d’intoxication dont sont victimes les renseignement russes. Poutine serait en train de passer un grand coup de balais au sein de ses services. Ces mêmes sources lancent le débat sur ce genre de menace en cas d’opérations militaires sur Taïwan.

Vainqueur Numéro 1

Plus d’un mois après le début de l’invasion, je suis maintenant en mesure de montrer ceci:

Nous voyons qu’au fur et à mesure que les tensions montent depuis 2021 en Ukraine, les actions des groupes d’armement ou équipementiers militaires grimpent. 48 heures après le début des opérations russes, c’est le mur!

Lockheed Martin bénéficie d’un grand coup de “buzz”, avec ses javelin, la lance missile anti-char portatif. Une petite visite s’impose dans les usines de Lockheed Martin, sur la chaîne de montage de ces missiles.

Lockheed Martin cherche des employés qualifiés pour renforcer sa production de missiles portatifs anti-char. Si jamais vous cherchez un job bien payé ( good-paying ) où l’on peut exercer son anglais …

https://www.wsj.com/articles/lockheed-hunts-for-workers-as-u-s-ramps-up-javelin-production-for-ukraine-11651587400

Il n’y a rien de mieux qu’une bonne guerre pour créer des emplois. Hitler le savait, Biden aussi.

Si nous n’avons pas de détails concernant les équipements français en Ukraine, je suis à peu près sur qu’il n’y a pas de Rafale à Kiev. Qu’est que Dassault aviation a fourni à Kiev pour que ses actions grimpent aussi fort? mystère. bénéfice collatéral?

Et ceci montre une chose encore plus surprenante, la montée brutale du groupe d’armement allemand Heckler & Koch 48 heures après le début de l’invasion. Alors que sur le théâtre ukrainien, un fusil allemand aura du mal à trouver une balle 5.56mm. Ce sont des pays comme la Finlande et l’Espagne qui fournissent les bonnes munitions à Kiev. Sur ce graphe, même si les investisseurs ont du se rendre compte du problème technique et infligent une descente raide à H&K, ses cours continuent à maintenir une tendance haussière au coté de Dassault Aviation.

Paul Krugman a trouvé la bonne formule dans une tribune sur NewYork Times: les états-unis doivent être l’arsenal de la démocratie à nouveau.

Des combattants du bataillon Azov reçoivent les instructions sur l’usage d’un Javelin de Lookheed Martin https://www.nytimes.com/2022/04/28/opinion/russia-ukraine-biden-aid.html

Notre première conclusion est que le conglomérat mondial d’armement en sort largement vainqueur et gagnant du conflit. Et ils ont tout à fait intérêt à ce que le conflit se maintiennent à un haut niveau d’intensité.

Vainqueur Numéro 2

Ce vous voyez est un tournesol dont on récolte les graines. Le semis du tournesol se passe entre avril et fin juin. Les premières récoltes ont lieu fin août. Ce qui signifie que l’huile que les consommateurs stockent par bidon a été produite en 2021, des mois avant l’invasion russe. La pénurie de l’huile de tournesol ne peut être en aucun cas causée par le conflit ukrainien. Mais le mal est fait, la composition des aliments faisant appel à cette huile sera susceptible d’être changée sans préavis et sans information aux consommateurs. Seule la montée des prix des aliments, largement impactés, sera bien visible. L’industrie agroalimentaire joue gros.

Les cours des céréales repartent également à la hausse à cause des inquiétudes liées au coup de chaleur étouffante en Inde qui devait remplacer l’exportation de blé ukrainien. L’embargo sur le pétrole russe et la chute du cours du dollar font monter le prix du pétrole, ce qui participe à la montée des cours du blé.

Qui vont profiter de cela? Les producteurs de blé qui n’hésitent pas à stocker leur production dans les silos en attendant le meilleur moment.

Autant dire que dans l’alimentaire, tout le monde se frotte les mains.

Vainqueur Numéro 3

Je vous présente un article sur de juteux contrats de gaz de schiste américains. Il n’est pas nécessaire de s’y attarder. Mais soyons conscients que cela contribue fortement aux dérèglements climatiques déjà amorcés depuis des décennies.

https://www.rtbf.be/article/la-guerre-en-ukraine-une-aubaine-pour-les-producteurs-americains-de-gaz-de-schiste-10953952

Vainqueur Numéro 4

L’OTAN a été crée afin de contenir les ambitions des pays du pacte de Varsovie.

L’URSS a entraîné le pacte de Varsovie avec elle dans les abysse de l’histoire, mais pas l’OTAN.

Ce reliquat de la première guerre froide agit comme un reste de repas mal fini d’un soir trop arrosé: il est encombrant, mais ne sert à rien. Le jeter serait du gâchis et personne n’a envie de s’en occuper.

La première véritable sortie de l’OTAN a consisté à détruire un état Européen: la Yougoslavie. Une Europe qu’il était censé pourtant protéger.

En 78 jours, et 38000 missions aériennes, l’OTAN a déversé quelques 23000 munitions en tout genre qui ont contribué à ramener la Serbie à l’âge de pierre et à la destruction de l’ambassade de Chine à Belgrade. On y reviendra plus tard.

Après avoir chassé quelques pirates Somaliens armés de AK47 et de RPG dans les embarcations de fortune, on se demande à quoi d’autre l’OTAN pourrait bien servir. Il a bien campé en Afghanistan pendant 20 ans, mais a échoué à faire éclater la province chinoise XinJiang dans l’extrême ouest du pays. Il a du se replier en laissant l’Afghanistan dans un pire état qu’il a retrouvé 20 ans plutôt.

Autant dire que le bilan de l’OTAN depuis 1995 est plutôt maigre. Quand Macron le qualifie de mort cérébral, il savait de quoi il parle. Mais le conflit Ukrainien a réussi à le réanimer.

L’OTAN a retrouvé son meilleur ennemi d’antan, les russes. La retrouvaille fait beaucoup de bruit, de fumée et surtout de morts. L’invasion a bien été déclenchée par la Russie, mais l’OTAN n’a pas du tout envie d’en finir trop vite. Il y a beaucoup trop d’intérêt en jeu.

Vainqueur Numéro 5

En plus des intérêts énormes précédemment cités qui profitent massivement aux états-unis, Biden a également gagné un énorme morceau sur échiquier mondial: L’Europe.

https://www.lalibre.be/international/europe/2022/03/25/la-scene-galante-de-joe-biden-qui-aide-ursula-von-der-leyen-lors-du-sommet-de-lue-je-dois-bien-faire-valoir-mon-salaire-7CWURY2DJ5EUXEWKJP6KTVHC3A/

Mieux, c’est une Europe affaiblie, appauvrie et alignée qu’il a réussi à récolter. La situation ne vous rappelle rien?

Oui, on a déjà vu de pareilles situations juste après la seconde guerre mondiale. Les états-unis tout puissants étaient le protecteur providentiel de l’Europe de l’Ouest face à Moscou. Mais là, Biden a réussi mettre dans la poche pratiquement toute l’Europe jusqu’aux portes de la Russie.

Affaiblie par une économie en berne et une inflation galopante, déchirée par la guerre et des discours clivants, l’Europe vieillissante se réfugie de nouveau sous la “protection” états-unienne. Mais la “protection” du parrain a un prix, il faudra payer le pizzo.

Les états-unis ont gagné un outil qu’ils ont eu du mal à prendre sous Merkel. Le départ à la retraite de la chancelière a laissé le champs libre à Ursula Von der Leyen qui se comporte en chef d’état alors qu’elle n’est QUE la présidente de la Commission européenne. Rappelons-nous, l’Europe n’est pas un état …

Et cet outil, l’Europe, sera très précieux dans les mois à venir lorsque la guerre froide sera relancée de plus belle contre la Chine.

Vainqueur Numéro 6

Plus surprenant, la Russie semble atteindre plusieurs objectifs.

Il est claire qu’elle n’a pas été capable de faire tomber Kiev en moins de 10 jours, comme l’avait probablement prévu Kremlin. Armées, entraînées, renseignées et dirigées par des personnels de l’OTAN encore en service et à la retraite, les forces ukrainiennes ont résisté aux premiers assauts russes obligeant Kremlin à changer de tactique.

Ainsi, les russes auraient coincé un gros poisson au sous-sol de l’aciérie de Marioupol. Mais certains dires des sources chinoises sont à prendre avec des pincettes.

Ce qui est sur, c’est le fait que la Russie ait réussi à consolider la zone de tampon entre l’Est et l’Ouest Ukrainiens. Tactiquement, Moscou a atteint une bonne partie de son objectif initial sans aller puiser ses véritables ressources. Ce qui lui laisse une large marge de manœuvre pour le cas où, si d’aventure, l’OTAN tente quelques choses d’insensé. Mais c’est très peu probable car l’intérêt de l’OTAN est justement une guerre qui dure.

Mieux encore, la Russie réussit à contenir les sanctions économiques. Les conséquences sont directement subies par l’Europe: retour à l’envoyeur

On remarque sur ce graphe, la descente aux enfers de l’Euro face au Rouble. La hausse des taux de la FED fait mal à toutes les monnaies des pays encore sous la houlette du dollar. Même le Yuan chinois décroche. Depuis sa sortie du système SWIFT, le rouble est officiellement accroché à l’or physique et son internationalisation est assurée par la vente de matières premières telles que le pétrole, le blé ou les engrais dont la Russie est le premier fournisseur mondial.

Les clients des matières premières russes ne manquent pas, la Chine en est l’un des plus gros clients. La vente de gaz à la Chine a été conclue pour les 25 ans à venir, juste à l’ouverture des JO d’hiver de Pékin.

Mais il y a aussi l’Inde. L’autre bon client des matières premières et matériels militaires russes, qui a refusé aux injonctions de la secrétaire aux affaires étrangères britannique Liz Truss, de ne pas acheter le gaz et le pétrole russe.

L’Asie est un énorme marché pour la Russie. Mais là où le Kremlin obtient une victoire, est le décrochage de son économie du dollar américain. Ce décrochage se fait dans la douleur, mais les bénéfices viendront largement compenser les pertes des 2 ou 3 premières années. A l’image du cours de l’Euro face au Rouble, beaucoup de monnaie chutent, amenées par le Dollar au moment où le taux remonte après le tsunami de billet verts dans le monde…

Nous voyons l’apparition de 2 monnaies de confiance face au dollar américain, le Yuan Chinois et le Rouble, l’une pour sa puissance économique, l’autre pour son indépendance vis à vis du Dollar US. L’apparition de choix alternatifs dans l’économie mondialisée est un problème pour Biden. Il est temps de cesser la mondialisation pour la Maison Blanche.

Mais pourquoi j’ai évoqué le Venezuela au début de l’article?

Le Venezuela est un pays allié de la Russie en Amérique Latine. Il est fortement dépendant de la Russie. L’engrais est un bon exemple, vital pour l’agriculture vénézuélienne. Mais son économie est faible à cause des sanctions états-uniennes, et ne peut se permettre de sortir du SWIFT pour continuer à commercer avec la Russie librement. Au moment où les états-unis doivent assurer son approvisionnement en pétrole, ceux-ci se sont rapprochés du Venezuela, en envoyant une petite délégation à Caracas en toute discrétion. La visite a été officialisée plus tard.

Si le Venezuela gagnera quelques années de tranquillité grâce à son statut de fournisseur alternatif du pétrole aux USA, l’Europe ne pourra pas en profiter.

Et la Chine ?

Pour la Chine, d’énormes défis se dressent devant elle.

Biden a éprouvé une tactique sur le terrain. Il s’agit de celle pratiquée avec Taïwan depuis des décennies.

  1. Fournir d’importants matériels militaires
  2. Fournir des formations aux personnels
  3. Fournir des renseignements
  4. Pousser l’adversaire à la faute pour passer aux “pratiques”

Il ne manque plus que la dernière étape, et certains y songent déjà.

https://www.politico.eu/article/liz-truss-nato-taiwan-protect/

Toujours selon la secrétaire aux affaires étrangères britannique, l’OTAN doit étendre sa zone d’influence jusqu’en Indo-pacifique afin de

s’assurer que les démocraties comme Taïwan soient capables de se défendre elles-mêmes.

La stratégie de l’OTAN est clairement le remplacement de l’ONU à l’échelle mondiale. Personne n’est capable aujourd’hui de l’entraver dans ses manœuvres. On peut s’attendre à un regain de tension entre la Chine et les états-unis sur la question de Taïwan.

Beaucoup de gens vivent des guerres, mais 99% de la population la subissent. Les institutions sont délaissées au profit des organisations guerrières qui n’ont aucun mandat depuis des décennies.

Stopper cette folie de guerre devient un impératif. La planète attend d’être sauvée.

Et pour finir, pour les courageux qui ont lu jusqu’ici, voici un passage que j’apprécie du filme “La bataille des Ardennes” réalisé en 1965. Le meilleur dialogue du filme. Je vous laisse aprécier

Mondialisation: la fin d’une époque

Début 2020, les plus optimistes voyait la Chine s’effondrer après l’arrivée du Covid19. On se plaisait à nommer la pandémie: le Tchernobyl chinois, en référence à l’effondrement de l’URSS à cause du coût incommensurable de la catastrophe nucléaire survenue en Ukraine en 1986.

Ils ont vu trop petit. Si la Chine est toujours debout, c’est le modèle de la mondialisation qui est en train de s’écrouler sous nos yeux. Personnellement, je ne pensais pas voir cela de mon vivant. Finalement, si!

Et c’est sous la présidence de Trump que cela a débuté. Trump fut l’un des rares présidents américains qui ne soit pas issu de l’élite des états-unis. Son isolationnisme ne faisait pas l’ombre d’un doute, et sa vision du monde est typiquement celui d’un homme d’affaire: soi-même d’abord, les autres après. Un concurrent est fait pour être écrasé. Son équipe a eu l’idée de retirer la Chine de la chaîne d’approvisionnement mondial afin de donner cette place à un allié plus docile: l’Inde, l’autre grand pays, la plus grande démocratie…

Le plan américain était ambitieux et très agressif.

  • guerre commerciale en relevant massivement les droits de douane des biens de consommation courante
  • sanctions sur les entreprises chinoises
  • bannissement d’entreprises chinoises accusées de coopérer avec l’armée. Ce bannissement est valable dans tous les pays alliés des états-unis.
  • embargo absolu sur tout le secteur du semi-conducteur chinois, également suivi par tous les pays alliés.
  • fanfaronnade de la NAVY en mer de Chine du sud
  • intervention dans les événements de HongKong

A la suite de ces mesures, la Chine va mal. Son secteur technologique ne tient qu’à un fils ( deux fils, maintenant qu’elle essaie de rattraper ses retards dans de nombreux domaines ), l’économie bat de l’aile et se voit contrainte et forcée de resserrer les liens avec la Russie.

Biden a continué sur la lancée de Trump en mettant les bouchées doubles. En plus de la longue liste de mesures précédentes, il faudra rajouter:

  • création de l’alliance indo-pacifique: US-Inde-Japon-Australie.
  • création de l’alliance purement anglo-saxonne : AUKUS ( Australie-UK-US)
  • appel aux armes en Europe
  • renforcement de présence militaire en mer de Chine du sud, et demande aux alliés Européens d’y participer
  • plus de sanctions contre le secteur de la technologie chinois
Rencontre à TunXi en Chine des ministres des pays voisins de l’Afghanistan pour sa reconstruction

Mais la Chine réagit. Elle tisse les liens avec le monde entier, sous peine de se faire étouffer, isolée avec une Russie dont l’économie n’est pas si bonne. Mais le bloc sino-russe est plus que jamais consolidé dans la durée. Cette alliance de circonstance du début est devenue, à la veille de l’ouverture des JO d’hiver de Pékin 2022, une alliance stratégique avec des signatures de partenariat de haut niveau sur les décennies à venir entre les 2 pays.

Ce fut les dernières mise au point avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Le piège que les états-unis ont préparé depuis de longues dates, dans lequel, la Russie a sauté pieds joints.

Il est stérile de débattre sur les objectifs militaires atteints ou pas par la Russie, car c’est secondaire et marginal. Comme la guerre sino-vietnamienne ayant eu lieu dans les années 70, l’objectif est ailleurs.

Acculée, isolée sur tous les plans par l’Occident, la Russie, ce pays d’Europe s’est détachée du continent et est devenu un pays d’Asie.

Moscou cherche à renforcer sa monnaie en l’indexant ( symboliquement ) sur l’or. Cela a plutôt bien marché. Le rouble a repris les couleurs après que Poutine demande à l’Europe de payer son gaz avec sa monnaie nationale, en fixant le cours du rouble à 5000 pour un gramme d’or.

Dans un précédent article, je me suis demandé si le pétro-dollar allait être remis en question. Je suis parvenu à la conclusion que certaines zones en périphérie hors contrôle du dollar apparaissent, mais restent marginales.

Aujourd’hui, ces zones deviennent de plus en plus visibles. Les pays du golf et l’Iran sont déjà prêts à vendre du pétrole en Yuan chinois. Avec le rouble qui devient obligatoire ( dont on peut toujours contourner l’obligation par un jeu d’écriture ) pour l’achat du gaz russe, le pétro-dollar n’est plus la seule solution.

L’Iran et l’Irak ont tenté dans le passé de contourner le pétro-dollar, en vain. Il existe aujourd’hui 2 solutions alternatives. C’est absolument inédit.

L’apparition de plusieurs zone d’échange sur la planète en dehors des zones traditionnelles anglo-saxonnes est aussi signe que le monde change.

Les efforts énormes déployés par tous les pays pour avoir sa propre maîtrise du semi-conducteur marquent la fin d’une époque de coopération mondiale.

Le plus symbolique et qui n’a rien à faire avec le silice: la communauté du logiciel libre qui traditionnellement attache beaucoup d’importance à la coopération des pays, interdit toute participation de la part des programmeurs russes dans le projet phare du web: Nginx.

Et enfin, un signe bien visible de tout le monde: celui qui marque la fin d’une époque dont on aura, nous en occident, bien profité ( mais à quel prix ? ), l’explosion de l’inflation.

https://france-inflation.com/calculateur_inflation.php

Nous voyons sur ce graphique que les inflations ont été fortes dans le passé à cause des guerres et des crises pétrolières des années 70. Mais à partir des années 90 jusqu’à 2020, nous avons bénéficié de 30 années de basse inflation comme un fleuve tranquille.

Pourquoi? L’élément de réponse est la Chine.

Ce pays qui a fabriqué des centaine de milliards d’objets à bas prix en sacrifiant son environnement, son modèle social, la jeunesse d’une génération entière, le droit du travail… a permis au monde de profiter des bien courants de consommation en ne dépensant que très peu. Les augmentations de prix de matières premières étaient absorbées par la baisse des marges déjà très maigres des chinois.

Mais c’est fini. La Chine répercute désormais toutes les fluctuations des prix de matière première. De fait, la mondialisation perd tout son intérêt.

La mondialisation qui a duré 30 ans est terminée. Nous vivons l’époque d’après la pandémie, le tout pétrole, la mondialisation, le pétro-dollar incontesté, et même le “made in china” à 2€ et qui ne tient pas plus de 3 jours.

Qu’allons nous vivre maintenant?

Je ne le sais pas. Il est encore trop tôt pour y voir une tendance nette.

Essayons de sauver la planète pour commencer? Ou peut-être, la culture? L’humanisme? Jardiner?

Les choix ne manquent pas. Oui en effet, nous avons désormais le choix …

10 ans pour apprendre à fabriquer le logo d’Apple: Ce n’est qu’un exemple.

Les médias occidentaux comme chinois citent volontiers les énormes progrès accomplis par la Chine dans de nombreux domaines. Les uns pour faire peur, les autres pour dire que tout va pour le mieux. Nous voyons que les angles de vues définissent ce qu’on pense des mêmes faits.

Alors, je me suis amusé à chercher les domaines où la Chine a su rattraper son retard récemment ou n’a pas encore réussi à combler ses lacunes technologiques.

La fabrication de la neige artificielle

En 2016, la Chine ne savait pas encore faire une piste de ski selon les normes de compétition.

En effet, la densité naturelle d’une couche de neige est environ 0.05g/cm3 ~ 0.15g/cm3. Une piste dans une station de ski grand publique doit avoir une densité de 0.4g/cm3 à 0.5g/cm3. Mais celles des JO d’hiver doit atteindre 0.65g/cm3. Tout le monde n’est pas capable de fournir une piste de ski avec une telle densité de neige constante et homogène. Le diamètre et l’épaisseur des flocons de neige, l’épaisseur des couches de neige pour différentes épreuves doivent aussi obéir à des normes strictes.

La Chine a fait des essais et a fait venir des experts pour examiner les tests. Les experts sont venus regarder et marcher sur les pistes. Ils ont pris de la neige dans les mains, et se sont contentés de dire:

It’s not good.

Et ils sont repartis.

L’académie des sciences chinoise s’est alors emparée du problème. La Chine a eu sa première piste répondant aux normes en 2021 seulement.

Les chinois ont eu de la sueur froide dans le dos. Tirant leçon des mésaventures de l’embargo technologique, même les appareils de mesures sont aussi fabriqués en Chine, pour éviter toute dépendance de technologies étrangères. Et ce n’est pas tout. Les technologies permettant la culture de neige ont été acquises en 2017, soit 5 ans seulement avant les jeux d’hiver de 2022. Si la maîtrise de ces techniques arrivent trop tard, on n’aurait simplement pas eu assez de neige pour les jeux. Certaines épreuves auraient été repoussées, et la Chine aurait croulé sous les feux des critiques.

La pointe des stylos à bille

80% des stylos à bille, soit 40 milliard d’unités sont fabriquées en Chine chaque année. Mais le cœur technologique du stylo à bille n’a jamais été transmise à la Chine: il s’agit de la fabrication de la mine du stylo.

L’immense majorité des mines nécessaires à l’assemblage des stylos à bille sont importées depuis le Japon.

Les chaînes de montage en Chine se contentaient d’assembler les mines des stylos dans les tubes fabriqués localement, et qui ne contiennent aucune valeur technologique. Un comble pour le pays inventeur du papier, de l’imprimerie et de la calligraphie. Ainsi, la fabrication des stylos n’est pas un business très rentable pour les chinois. Le coût d’importation des mine étant élevé, les usines chinoises sont obligées de viser la quantité pour en vivre.

Après 5 ans d’intenses recherches technologiques menées par Taiyuan Iron & Steel Group Co, subventionné par l’état, la Chine a mise au point sa première pointe de style à bille en 2017. Mais le français BIC, leader mondial du stylo à bille, reste confiant. En effet, une pointe chinoise écrit 2 fois moins long temps que celle fabriquée par BIC.

L’acier inoxydable ultra fin

C’est un matériau très utile dans beaucoup de domaine: les avions, les panneaux solaires, les batteries, le logo des téléphones Apple depuis 2015 ( si si, la pomme croquée ! ), moteur de voiture, turbine d’avion, équipements médicaux, instruments de mesure de haute précision, aérospatiale… l’usage d’une membrane en acier inoxydable ultra fin est quasi infini.

La Chine est le premier producteur d’acier au monde, mais il s’agit d’acier de qualité médiocre. C’est alors que BaoWuTai Group s’est fixé comme objectif de réussir à s’émanciper de la dépendance technologique étrangère.

Il a fallu plus de 10 ans de recherches et 711 échecs pour qu’enfin, on réussisse à fabriquer une membrane en acier inoxydable de 0.02mm d’épaisseur à haute densité, haute résistance structurelle et thermique. La membrane peut résister jusqu’à 200000 pliage-dépliage sans rompre. En 2021, le groupe réussit à fabriquer des membranes dont l’épaisseur est 0.015mm.

Je sais à quoi vous pensez: avoir un rouleau de cette membrane pour emballer vos plats au frigo. J’y ai renoncé moi même quand j’ai vu le prix: 2 millions de Yuan Chinois la tonne. C’est plus cher que l’argent. Mais vous pouvez en avoir un petit morceau sur votre iphone. Il résistera aux 200000 pliages!

Le micro processeur

Cher à Trump, l’embargo technologique contre la Chine dans le domaine des micro processeurs a failli couler la haute technologie chinoise toute entière.

Sans maîtrise de gravure nanométrique, on ne peut pas fabriquer de micro processeurs. Or, l’usine du monde qui fabrique les téléviseurs et téléphones a besoin de micro processeurs par milliards tous les ans.

L’embargo technologique dans ce domaine interdit la Chine d’utiliser les micro processeurs ayant des brevets américains. La Chine devra compter sur soi même pour fabriquer ses micro processeurs.

Le problème est que son retard technologique ne lui permet pas de fabriquer des puces dont la finesse de gravure est inférieure à 10nm ( 10 milliardième de mètre ). Elle maîtrise les puces gravées à 28nm, les 14nm péniblement. Il s’agit de puces qui équipent les téléviseurs ou autre équipements grand public.

Mais son avancée dans le domaine des ordinateurs, même grand public, est totalement bloquée, car incapable de descendre dans le domaine de l’ultra violet ( longueur d’onde: < 10 nm ).

Le fabricant de machines de photolithographie ASML a été sommé par l’administration Trump, d’annuler la vente de l’une de ces machines qui gravent les puces à 5nm à la Chine.

Aujourd’hui, et dans les prochaines années, il ne faut pas s’attendre à des annonces chinoises fracassantes dans le domaine des micro processeurs.

JO 2022: Les jeux sont faits…ailleurs

Nous sommes à quelques heures de la cérémonie de clôture des JO d’hiver 2022 à Pékin. Pour le bilan des médailles, il est disponible sur le site officiel. Faisons un bilan de ce qui s’est passé en coulisse et ailleurs…

En ce début de l’année 2022, on peut dire que le monde se divise en 2 pôles. Il y a des pays qui définissent les grandes lignes géopolitiques de l’année en cours, tandis que les autres rongent un os.

Les jeux avaient pourtant bien commencé pour Biden. Il avait lancé un appel massif de boycott diplomatique.

Pour rappel, la politique de boycott a été utilisée lors des JO de Moscou en 1980. Il s’agissait d’un boycott total. Les états-unis ont exercé de très fortes pressions pour imposer un boycott total des jeux de Moscou. Résultat, plus de 70 pays n’ont pas participé aux jeux en 1980, dont fait partie la Chine qui était en “lune de miel” avec les états-unis sous le règne de Jimmy Carter.

Pour les JO d’hiver 2022, le boycott devait être diplomatique. Les principaux pays anglo-saxons, le Japon et la Lituanie ont répondu présents. Ils sont au nombre de 6 à ne pas avoir envoyé de représentants diplomatiques à Pékin.

Pendant que les politiques anglo-saxons s’isolent, la Chine ouvre le bal des diplomates et des dirigeants. Le premier après 2 ans d’isolement physique.

Nous allons nous intéresser à ces dirigeants qui sont allés en Chine et aux signaux envoyés au monde entier.

Poutine est le premier dirigeant qui a rencontré Xi hors ligne. Et il y est allé avec des présents dans ses bagages.

Entre autres, on note la présence de 10 milliards de mètres cubes de gaz issus du gisement Sakhaline 3. C’est très fâcheux pour l’Occident qui peut fermer le détroit de Malacca à tout moment pour imposer un blackout énergétique à la Chine. En effet, l’essentiel des imports énergétiques chinois provient du moyen-orient. Les tankers n’ont d’autre itinéraire que de passer par le détroit de Malacca pour arriver aux ports chinois. Le gaz russe est vital pour la Chine, dans le cas où le PACOM de la US-NAVI décide d’exercer sa liberté de navigation au détroit. C’est une situation à laquelle, la marine chinoise, malgré ses énormes progrès ne saurait faire face.

Pour Poutine, le message est clairement destiné aux Européens. Il montre à une Europe toujours satellitaire des intérêts atlantistes, que le projet de gaz par Nord stream 2 n’est pas la seule carte de la Russie.

Si ce projet tombe à l’eau, la Chine sera ravie de reprendre le gaz que l’Europe ne peut pas prendre sous pression américaine. Et Poutine ne fait pas les choses à moitié. Un projet de gazoduc, le « Power of Siberia 2 » est à l’étude. C’est un problème pour les Européens car ce gazoduc sera connecté aux réseaux gaziers internes de la Russie, les mêmes qui fournissent l’Europe.

Petite pression américaine sur l’Europe ? pas de problème, la Russie n’aura plus qu’à rediriger le gaz invendu à la Chine à travers la Mongolie.

En dehors des accords énergétiques, des accords financiers afin d’échapper à une éventuelle sanction occidentale ont été signés. Disons que c’est un cadeau chinois aux russes.

A propos, le premier ministre Mongole était présent à pékin…

Parmi les convives, nous notons la présence du président égyptien ( la porte d’entrée en Afrique ) Abdel Fattah al-Sissi. Rappelons que les 2 pays ont relevé leur niveau de partenariat en 2014 à celui de “partenariat stratégique global”, le plus haut de la hiérarchie du réseau de partenariats établis par la diplomatie chinoise.

Le roi Norodom Sihamoni du Cambodge, pays stratégique du sud-est asiatique pour la Chine, était présent.

La présence de sa majesté est significative. En effet, le Cambodge préside l’Asean (Association des Nations d’Asie du Sud-Est) en 2022. Le signal envoyé au sud-est asiatique est très claire: cette année est l’année du Tigre d’eau du nord! Comment le Cambodge va-t-il trouver l’équilibre entre les États-Unis et la Chine? C’est un sujet à surveiller.

Un autre pays devra retenir désormais notre attention: L’Argentine.

Dans un précédent article,

J’ai mentionné l’une des raisons pour lesquelles, la chasse argentine a été décimée par l’aviation britannique en 1982. En effet, les aviateurs anglais ont bénéficié d’aide de la France, pays fournisseur des chasseurs mirages argentins. Toujours sous embargo britanniques, l’argentine doit s’émanciper de la dépendance technologique occidentale. Le choix chinois est le seul possible. Après acquisition des 12 appareils chinois, le président argentin Alberto Fernandez est allé rencontré son homologue Xi JinPing à Pékin. A l’occasion du 50e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre les deux pays, l’Argentine fera partie de la nouvelle route de la soie. La Chine aura enfin un “pied-à-terre” en Amérique latine.

Le président argentin Alberto Fernandez a été reçu dimanche à Pékin par son homologue chinois, Xi Jinping. ESTEBAN COLLAZO / ARGENTINIAN PRESIDENCY / AFP

Et voilà, nous y sommes: le plan chinois pour 2022. Elle va sans doute rendre ses routes de la soie plus stratégiques. Nous voyons que ces routes de la soie ne sont pas qu’un gouffre financier gigantesque pour la Chine, ou un vecteur de servitude via les dettes comme le disent les médias. C’est surtout un vecteur de projection du softpower chinois. L’argent n’est pas le but recherché. A défaut de bâtir 800 bases militaires, parsemées à travers la planète, les chinois préfèrent ceinturer le monde avec un réseau commercial. 2022 est l’année où cette stratégie prend forme. Les dirigeants des 4 directions cardinales sont venus rendre visite à Pékin. Le réseaux est prêt.

Quelles sont alors les stratégies mise en place par Biden pour contrer cela?

Nous avons parlé de boycott diplomatique. 6 pays n’ont pas envoyé de représentants à Pékin.

Des groupes de combat naval sont envoyés en mer de Chine méridionale, mais un F35 a raté son appontage sur le USS Carl Vinson. Ils ont du repartir plutôt que prévu.

Les militaires qui ont filmé cette séquence sur le moniteur sont sous le coup d’une sanction disciplinaire.

Et puis, Biden était très occupé par l’os que Poutine lui a jeté à ronger. L’os aurait un goût ukrainien.

JO d’hiver 2022: les jeux sont faits !

L’année 2022 commence bien. Les préludes sont assez spectaculaires.

Début janvier, des troubles d’une rare violences se sont éclatés au Kazakhstan. L’étincelle qui a allumé le feu est une augmentation du prix de l’énergie en plein hiver. On ne peut pas dire que le gouvernement kazakh a été très adroit. Il a en effet choisi le pire moment pour doubler le prix du gaz.

Rapidement revenu son ambition, le gouvernement n’a cependant pas réussi à calmer les colères. Des casseurs sortis de nulle part, armés, ont commencé à tout brûler. C’est quand même particulièrement bizarre de voir une simple demande de baisse prix énergétique se dégénère en bataille rangée, avec des balles réelles. C’est d’autant plus étrange quand on sait que le gouvernement a rapidement cédé et que le Kazakhstan est en fait, le pays le plus riche de a région. Les kazakhs sont vraiment très loin de la famine. Pourquoi une telle violence meurtrière alors que la demande a été très vite satisfaite?

L’itinéraire du chemin de fer reliant la Chine à l’Europe en passant par XinJiang ( Région Ouïghour) et le Kazakhstan

A mi-janvier, alors la Russie n’a pas encore complètement retiré ses troupes du Kazakhstan, venues pacifier le pays sur demande du président Tokaïev, il se produit une chose tout à fait inédite dans le monde: la visite des ministres des affaires étrangères des pays du golf: de l’Arabie Saoudite, du Koweït, de Bahreïn et d’Oman en Chine.

Officiellement, il s’agit de la montée brutale du prix du pétrole qui pose problème à la Chine, grande consommatrice de l’or noir. Mais on ose imaginer qu’en 4 jours de visite, les sujets de discussions sont plus larges que le “simple” prix du baril.

De quoi ont-ils bien pu se parler tous les 5?

Dans un précédent article, j’ai essayé de découvrir des zones en périphérie de l’influence du pétro-dollar:

J’ai émis une vision de l’affaiblissement des pays du golf et de l’OPEP et de l’OPEP+ à cause de la production du gaz de schiste américain. J’ai également exprimé un avis sur la perte de l’intérêt américain au moyen orient au profit de l’extrême orient: le pivot pacifique opéré par Hillary Clinton sous Obama.

La visite des pays de l’OPEP juste après les troubles sanglants d’un autre grand pays producteur de pétrole et de gaz ( Le Kazakhstan ) est lourde de signification.

Ils le savent bien: s’ils ne représentent qu’un intérêt faible pour la première puissance militaire au monde, ils seront “sacrifiés” pour un intérêt supérieur si cette même puissance estime que c’est nécessaire.

Pour les funs de starswars, vous devez connaître cette réplique par cœur ( comme tout bon fun de starswars qui se respecte):

Si tu n’es pas avec moi, alors tu es contre moi…

C’est le dilemme qu’Anakin Skywalker a posé à son ancien maître, Obi-1. C’est à peu près ce genre de dilemme qui a été posé aux émiratis par les américains.

https://asia.nikkei.com/Politics/International-relations/UAE-tells-U.S.-it-will-suspend-F-35-talks-following-Huawei-unease

En effet, les US ont conditionné l’achat des F-35 furtifs par l’abandon des équipements télécom Huawei par le royaume.

Mais connaissez-vous la réponse d’Obi-1 ?

Seuls les Siths sont aussi absolus…… Je ferai ce que je dois faire.

C’est à peu près la réponse des émiratis aux états-unis:

https://www.capital.fr/economie-politique/f-35-les-emirats-arabes-unis-prets-a-annuler-un-contrat-a-23-milliards-avec-les-etats-unis-1422921

Le contrat des F35 semble être compromis.

Voilà, le genre de photo que les US ne souhaitent pas voir, la veille des JO d’hiver de Pékin:

https://baijiahao.baidu.com/s?id=1722091307927038314&wfr=spider&for=pc
In this photo released by Xinhua News Agency, Chinese Foreign Minister Wang Yi at right bumps elbows with Saudi Foreign Minister Faisal bin Farhan Al Saud in Wuxi, east China’s Jiangsu Province, Jan. 10, 2022. Foreign ministers from Saudi Arabia and other Middle Eastern states are visiting China this week for meetings with officials from the world’s second largest economy, a leading consumer of oil and source of foreign investment. (Ji Chunpeng/Xinhua via AP)

Obi-1 est allé puiser sa force ailleurs…

Il y a un autre facteur important qui pousse les pays du golfe à remonter la route de la soie dans l’autre sens: la fin de l’ère pétrolière.

Il y a des milliers d’années, les peuples du grand ouest ( par rapport à l’Empire chinois ) ont été attirés par les possibilités de commerce avec une puissance montante à l’extrême orient. Ils ont du remonter la route de la soie pour arriver aux portes de l’Empire chinois. Les marchands arabes et perses ont découvert un monde aux richesses et possibilités inconnues jusqu’alors.

La même scène se rejoue sous nos yeux, avec 1 année de voyage en moins.

Les pays de l’OPEP vont devoir trouver de nouvelles débouchées pour assurer l’avenir de leur royaume quand la fin de l’ère pétrolière arrivera. Le commerce avec les chinois leur ont réussi pendant des siècles, c’est une voie sure que leurs ancêtres ont explorée, qu’ils redécouvrent aujourd’hui.

En parlant de perse:

https://portail-ie.fr/short/3040/la-chine-et-liran-mettent-en-uvre-leur-accord-strategique

Le mois de janvier 2022 marque, entre autre, le démarrage officiel du gigantesque accord stratégique sino-iranien sur 25 ans. Il est tout à fait primordial que Wang Yi et Hossein Amir-Abdollahian, les ministres des Affaires étrangères chinois et iraniens marquent l’événement.

Mais j’ai réservé le meilleur pour la fin:

http://french.news.cn/2022-01/13/c_1310421927.htm

Le 13 janvier, le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu a rencontré son homologue chinois WangYi. Personnellement, je ne crois pas que les 2 hommes aient passé la journée à parler de la situation des Ouïghours turcophones à XinJiang …

Si nous faisons le bilan des événements depuis le 6 janvier jusqu’au 21. La pacification du Kazakhstan pourrait être vue comme l’un des événements déclencheurs du ballet des ministres dans l’empire du milieu, mais ce serait une vision très simpliste, néanmoins non sans fondement…

Mais ce que nous constatons, c’est qu’il y a une convergence d’intérêt du monde musulman vers la Chine. Les 6 pays qui se sont faits la guerre depuis la chute de l’empire ottoman jusqu’à hier sont allés voir le bâtisseur des routes de la soie, ensemble, au même moment. C’est tout à fait inédit.

Sunnites, chiites et turcs ont su mettre leur différent de coté, juste le temps de voir comment mieux préparer un avenir meilleur. L’abandon très probable du contrat d’armement F35 au profit des équipements HuaWei démontre clairement que la préoccupation n’est plus désormais de s’acheter de quoi s’entre-tuer, mais pour préparer le pays pour affronter de nouveaux défis.

L’ordre mondial établi depuis 80 ans est remis en question. Une alternative qui avait déjà fait ses preuves dans le temps semble se présenter à de nombreux pays. Quel sera leur choix?

Loring Miner: le lanceur d’alerte sanitaire… ignoré

Entre 40 à 100Millions de personnes sont mortes de la grippe 1918-1919 à travers le monde.

Cette grippe dont on jette volontiers la paternité sur les espagnoles durant 100 ans, n’avait rien d’espagnole.

Mais puisque la presse espagnole, alors plus libre, avait la liberté d’en parler grâce à la neutralité du pays durant la grande guerre, alors il était aisé de leur jeter la responsabilité.

Pendant un siècle, on a cherché la source de la pandémie. La première personne qui a identifié cette maladie très particulière est le Dr. Loring Miner du compté de Haskell de l’état de Kansas aux états unis.

Qu’est-ce qui s’était passé ?

D’abord mettons nous dans le contexte historique.

La guerre

Nous sommes au lendemain de l’entrée en guerre des USA au coté de l’entente contre l’Allemagne. La guerre entre dans un phase charnière après le retrait de la Russie.

Tout le monde espérait la fin rapide de cette sale guerre qui n’avait que trop duré. Les états-unis ont du mobiliser 33% de sa population totale pour contribuer à l’effort de guerre. A ce pourcentage, autant dire que c’est le pays tout entier qui s’est converti à une gigantesque usine de guerre à ciel ouvert.

En 1917, les USA n’avaient que des soldats inexpérimentés, mal entraînés et mal équipés. Ils n’allaient sûrement pas se jeter devant les mitrailleuses allemandes comme ça.

De gigantesques camps d’entraînement militaires ont poussé comme des champignons dans tout le pays.

Les appelés de Haskell étaient dans le camp de Funston. Et c’est précisément le camp de Funston qui a été identifié comme l’épicentre de la terrible pandémie de 1918-1920. Voilà son histoire

La maladie et l’alerte

Fin janvier 1918, le Dr Loring Miner, médecin de campagne du comté de Haskell, près de Dodge City, Kansas, est appelé auprès d’un patient qui présente de graves signes respiratoires : forte fièvre, courbatures, toux sèche, violents maux de tête, gêne respiratoire. Bref, une bonne grippe, qui était identique à ce qu’il avait déjà identifiée printemps 1917.

Dr. Loring Miner source : http://www.animasmuseum.org/online_exhibits/1918flu/1918flu1.html

Dans les semaines suivantes, il dénombre 18 patients présentant des signes inquiétants par leur acuité. Il y a trois morts. Les patients viennent souvent de fermes isolées de la région qui vit de l’élevage de porcs et de volailles. Les analyses génétiques réalisées des décennies plus tard révèlent qu’il s’agit d’une combinaison de génomes avec la grippe aviaire.

Dr. Miner a immédiatement alerté Rupert Blue, au service de santé publique des états-unis sur ce nouveau type de grippe très virulente et meurtrière. Mais l’alerte du docteur de campagne a simplement été ignorée.

Rupert Blue

Très rapidement, ce sont des milliers de soldats du camp de Funston qui tombent malade. De véritables camps médicaux ont du être construits à la hâte à l’intérieur du camp militaire.

Camp médical au camp de Funston 1918: https://france3-regions.francetvinfo.fr/centre-val-de-loire/indre-loire/tours/histoire-confinemet-1918-touraine-au-rythme-grippe-espagnole-pire-epidemie-histoire-1819656.html

Rapidement, l’épidémie se répand aux camps de Forrest et de Greenleaf, puis à Fort Oglethorpe (Géorgie), frappant près de 10 % des soldats. Beaucoup de jeunes pensaient se rendre utiles à la nation, sont morts sur le sol national avant d’avoir mis un pied en Europe.

Puis les grandes villes du pays sont frappées à leur tour par cette mystérieuse grippe très contagieuse.

En Europe aussi, la maladie se répand avec l’arrivée des soldats étasuniens dans les tranchées. Le continent est touché à son tour. Mais comme l’a fait remarqué cet article:

https://france3-regions.francetvinfo.fr/centre-val-de-loire/indre-loire/tours/histoire-confinemet-1918-touraine-au-rythme-grippe-espagnole-pire-epidemie-histoire-1819656.html

l’origine de l’information finit par se confondre avec l’origine du mal

Le premier qui en parle est forcément fautif, et ce sera l’Espagne.

Durant à peu près 1 an, la maladie a fait le tour du monde en amenant avec elle entre 40 à 100 Millions de personnes sur tous les continents.

Elle est toujours là… avec nous, chaque année.

https://www.kansas.com/news/local/article200880539.html

Le site de officiel de l’état de Kansas a bien expliqué les choses.

Cette grippe, a réussi à s’enrichir d’autres génomes tout au long du 20iem siècle et revient chaque année. On l’appelle ” la grippe saisonnière”. Nous pouvons en avoir une explication plus technique ici:

www.pandemies-et-amerique.com

Et si l’alerte avait était prise en compte?

Maintenant, revenons à notre lanceur d’alerte, le docteur Loring Miner.

En effet, on pourrait conclure que si l’alerte était prise en compte par le service de santé publique des états-unis, c’est près de 80 Millions de vies qui auraient pu être sauvées à travers le monde.

Mais, cela retardera voire annulera l’arrivée de l’armée américaine en Europe. étant donné l’état des pays européens, à bout de souffle, vidés et lassés par la guerre d’usure dans laquelle ils se sont enlisés, pouvait-on tolérer cela?

Avec l’arrivée des troupes du front de l’Est en France, l’Allemagne s’est considérablement renforcée. La France et la grande Bretagne pouvaient-elles résister en attendant que les états-unis en finissent avec l’épidémie sur son sol? Et si la guerre se soldait par une victoire allemande?

Je pense que la vraie question à se poser et la suivante:

Qui sommes nous pour juger les autres, ceux qui ont pris la décision au pied levé dans le passé? En aurions-nous été capables de mieux? Serons-nous capables de mieux?

Revenons à notre époque. Si l’épidémie s’était déclarée en Inde, le 2ièm pays actuellement le plus peuplé au monde, quelle aurait-été la situation en janvier 2022 ?

Je pense que, dans le pareilles situations, ce sont la modestie et l’intelligence qui doivent s’imposer face aux jugements et critiques.

Rupert Blue avait l’histoire du monde des 100 prochaines années (voire plus) entre les mains sans le savoir. Il valait peut-être mieux il ne le sache pas.

Chine – URSS – Ouïghours: le FarWest, c’était toute une aventure

Depuis la naissance du premier empire Chinois: Qin, en -221, le premier Empereur de Chine a déjà compris le principal point de faiblesse de son vaste territoire: le territoire à la frontière de l’Asie centrale – le farwest chinois.

Il y dépêcha un contingent militaire pour garder un œil sur les tribus nomades qui y vivaient et devenait puissantes. En l’an 60 avant l’ère commune, sous la dynastie des Han de l’Ouest, ce vaste territoire de 2 Millions de kilomètre carrés, soit plus d’un tiers du territoire terrestre de la France actuelle, passe sous contrôle de l’Empire chinois. Il était contrôlé par une administration dédiée nommée: 西域都护府 ( L’administration de défense de la capitale des régions de l’Ouest ).

Un bon paquet de siècles et de guerres perdues plus tard, la République Populaire de Chine est proclamée. La première tâche ardue à laquelle, la jeune ( pauvre, faible et fragile ) république s’est attelée, est celle de stabiliser ses très longues frontières. Tout se passait relativement bien, sauf pour cette région, à la porte de l’Asie centrale.

Les négociations devait avoir lieu avec Moscou, les maîtres de la région depuis 200 ans. Mais sur fond de crise sino-soviétique dans les années 60, aucun des deux pays socialistes ne veut céder un pouce. Et pour ne rien arranger, cette région aux reliefs géographiques et histoires complexes est très compliquée à “découper”.

Les revendications chinoises sont principalement basées sur le fait qu’elle ait été obligée de signer des traités inégaux suite aux défaites militaires de l’Empire Mandchou face aux puissances coloniales au 19iem siècle. En ce qui concerne le grand Ouest, les traités d’Aigun (1858), de Pékin (1860) et d’Ili (1881) ont été cités et dénoncés par la partie Chinoise comme inégaux. Mais Pékin ne les a pas déclarés nuls et non-avenus. Cela aurait été trop risqué.

Cela dit, la somme des surfaces des territoires que la Chine considère comme “volés” vers la fin de l’Empire des Mandchous par la Russie Tsariste arrive à 1 500 000 km2, soit pratiquement 3 fois la surface de la France.

Des négociations ont eu lieu tout au long des années 60 malgré des incidents frontalier sino-soviétiques ayant causé des pertes humaines des deux cotés.

Elles ont été interrompues d’abord par la destitution de Khrouchtchev le 15 Octobre 1964, puis la révolution culturelle coté chinois a définitivement mis à l’arrêt toute négociation à ce sujet.

C’est seulement en 1988 que les deux pays arrivent enfin à avancer de manière concrète à ce sujet. Un groupe de cartographes comprenant des spécialistes des deux pays a fait des relevées afin de faciliter les négociations.

Au printemps 1989, lors de la visite historique de Gorbachev à Pékin, en plein mouvement des étudiants en Chine, Deng XiaoPing et Gorbachev sont tombés d’accord pour finir ce que les deux pays avaient commencé 30 ans plutôt.

Un certain nombre d’accords ont été signés jusqu’à ce que la Chine tombe sur un nouvel obstacle de taille: l’éclatement de l’URSS.

L’avantage de l’URSS est qu’il n’y en avait qu’un pays avec qui parler. Et il était aisé de parvenir à un compromis si la Chine cède sur les contentieux territoriaux vers le fleuve amour à l’Est, elle aurait pu avancer sur l’Asie centrale avec plus de facilité. Mais avec la disparition de l’URSS, les chinois devront négocier avec le Kazakhstan, le Kirghizstan et le Tadjikistan sans oublier la Fédération de la Russie. Aucune des nouvelles républiques de l’Asie centrale ne voudra céder du territoire aux Chinois. Et la Chine perd toute marge de manœuvre pour des compromis à l’Est. La partie se complique.

La Chine va devoir faire des sacrifices mais pas pour les raisons qu’on pourrait croire.

En effet, les négociations avec les kazakhs ont rapidement abouti… à l’absence quasi-totale de revendication chinoise ! Mais pourquoi?

En effet, le président kazakh avait fait des promesses à la Chine concernant les mouvements ouïghours à partir de 1992, plus précisément en 1993 et une nouvelle fois en avril 1994 et qu’en outre, dès 1993, le Kazakhstan offre des garanties à Pékin concernant sa sécurité en général en promettant de ne participer à aucune alliance politique ou militaire tournée contre la Chine et en s’engageant à ne pas autoriser que son territoire serve de base à d’éventuelles activités menées par une puissance tierce contre la sécurité ou la souveraineté de la Chine.

Quant au Tadjikistan, l’accord est signé Le 17 mai 2002. Pékin renonce à 95% des zones initialement revendiquées 40 ans auparavant ! Des renoncements similaires ont été observés avec le Tadjikistan.

En effet, le Tadjikistan est voisin de l’Afghanistan. Et la situation y est bouleversée notamment après le 11 septembre 2001

REUTERS/Courtesy of NBC Reuter original / HO ( NEW YORK / United States of America )

L’arrivée de l’OTAN dans la zone a du mettre la pression sur pékin pour qu’il évite à tout prix, toute source de contentieux avec les autres voisins de l’Asie centrale, afin que celle-ci ( source de contentieux ) ne soit pas instrumentalisée par une puissance étrangère.

Avec cette série d’accords signés début 2000, beaucoup de chinois reprochent au président chinois Jiang ZeMin d’avoir “cédé” d’immenses territoires par peur. Je pense que ces reproches n’ont pas lieu d’être: Les raisons d’état n’ont parfois pas besoin d’explications.