Le Taoïsme, la Chine, et le monde qui l’entoure

Le Taoïsme est sans doute la vraie religion ou tout du moins la vraie philosophie vraiment chinoise avec le confucianisme.

En effet, Le bouddhisme bien que très présent en Chine, est une pensée importée d’Inde.

Très peu d’occidentaux connaissent le Taoïsme, et il est vrai que cette philosophie ne se laisse pas approcher facilement. Je pense qu’il est nécessaire à ce stade de différencier le Taoïsme comme système de pensée, et le Taoïsme pratiqué en tant que religion par des moines.  Nous n’allons pas faire l’histoire du Taoïsme ici, ni l’expliquer en détail, c’est une pensée complexe et dense et nous publieront sur ce site des articles qui traiteront plus spécifiquement du Tao.

Mais est-ce que le Taoïsme influence les chinois dans leur vie de tous les jours, mais aussi leurs décisions au jour le jour ? Et est-ce que le Tao influence au plus haut niveau de l’état les décisions des responsables du pays ?

Le Taoïsme est souvent méconnu en occident, du fait de son éloignement en premier lieu, et du fait de sa complexité. Le Dao De Jing, « la voie et la vertu » ouvrage pilier de cette philosophie, écrit par Lao Tseu (Laozi)quatre siècles avant notre ère, est un ouvrage dense, particulièrement étranger à nos formes de pensées. De plus il est difficilement traduisible car ses 5500 caractères peuvent paraitre hermétiques à notre culture. Le Taoïsme n’est pas non plus une philosophie au sens où nous l’entendons. C’est une vision holistique du monde.

Un concept central du Taoïsme est l’harmonie. L’harmonie de l’Homme avec la nature, avec « la voie ». L’harmonie du cœur et de l’esprit avec l’état naturel des choses. Pour les chinois, ce concept est central, plus ou moins de façon consciente ; L’harmonie dans les relations sociales est importante. Chaque parole ou acte a des conséquences, et il faut veiller à ne pas rompre l’harmonie avec des paroles blessantes ou inutiles.

En politique, alors qu’en occident notre histoire chrétienne nous impose souvent un concept binaire, dualiste, le bien et le mal, le bon et le mauvais, le juste et le faux. L’occident apporte sa morale, alors qu’en Chine ce qui importe est l’idée que tout le monde en sorte gagnant, que la décision qui sera prise apportera l’harmonie ou en tout cas une certaine paix et que chaque partie en trouve avantage. C’est pour cela que pour la Chine, les négociations qu’elles soient politiques ou commerciales sont souvent une affaire gagnant-gagnant ou personne ne doit perdre la face.

Un autre concept important est le « Wu Wei », que l’on peut traduire par « non agir ». Cette idée est souvent mal comprise en occident. Le non agir n’est pas le tout permis, ou tout est autorisé, ou pire, être passif, et ne pas réagir. Le Wu Wei est simplement le « laisser faire », et ne pas aller contre les évènements qui nous arrivent, et se laisser porter par le flux, le courant profond des choses.

« L’homme d’une vertu supérieure est comme l’eau. L’eau excelle à faire du bien aux êtres et ne lutte point »

Nul ne doit agir sur sa propre existence, (chacun doit donc se fier au flux de la nature, le Qi) ni sur l’existence des autres. C’est pourquoi la Chine répugne à s’immiscer dans les affaires intérieures d’autres pays.

« Avec la droiture on gouverne le royaume, avec la ruse on fait la guerre, avec le non agir on devient le maitre de l’empire (…).

Plus le roi multiplie les prohibitions et les défenses, et plus le peuple s’appauvrit,

Plus le peuple a d’instruments de lucre, plus le royaume se trouble,

Plus les lois se manifestent, plus les voleurs s’accroissent. C’est pourquoi le Saint dit : Je pratique le non agir, et le peuple se convertit de lui-même.

J’aime la quiétude, et le peuple se rectifie de lui-même.

Je m’abstiens de toute occupation et le peuple s’enrichit de lui-même.

 Je me dégage de tous désir, et le peuple revient de lui-même à la simplicité »


Quand on compare les politiques en Europe et en Chine, on est frappé par cet état de fait. En occident, en Europe, et aux Etats unis, les élections sont permanentes, des changements de politiques sont fréquents. Les changements de bords se succèdent, et il n’y a presque pas de vision à long terme. Et quasiment aucune à très long terme. Aux Etats Unis, les changements de présidents tous les quatre ans installent une instabilité permanente. Au bout de deux ans les présidents ne se préoccupent que de leur réélection, et les décisions qui portent sur le long terme n’existent pas, exception faite depuis peu, des accords sur le climat, comme l’accord climatique de Paris.  Le PCC, malgré ses défauts, (qui d’ailleurs peuvent être contraires à la philosophie taoïste : comme le centralisme à l’excès, la verticalité du pouvoir : vision confucéenne, la détention de tous les pouvoirs exécutif, judiciaire et législatif) a un avantage de luxe : le temps. La vision politique à long terme. En analysant ce long terme, les courants profonds de nos sociétés, les mouvements tectoniques qui régiront la planète dans le siècle qui vient, la Chine possède un temps d’avance car elle prend des décisions qui prendront effet sur 10 ou 15 ou 20 ans. 

Certes la société chinoise est influencée plus surement à l’heure actuelle par le confucianisme, dans la vie politique et en entreprise. Par le bouddhisme dans la sphère traditionnelle familiale, mais le Tao agit également de manière plus sous-jacente pour ceux qui l’ont maitrisé, assimilé. Le Tao influe la Chine dans toutes ses couches, toute ses strates. C’est pour nous, une prodigieuse source d’apprentissage de la vie, et une philosophie du détachement. Le Zen, ou Chan, s’en est inspiré énormément dans sa vision quiétiste.

Nos dirigeants, gagneraient à mieux connaitre le Tao, ne serait-ce que pour mieux appréhender ce monde futur qui nous attend.